Numéro 99

Catherine Locandro

CLARA LA NUIT

Gallimard, Paris, 2004
163 pages
26,50 $

Ce sympathique petit roman ne renouvellera pas le genre. Depuis longtemps, la littérature s’intéresse aux états d’âme des prostituées et leur offre l’occasion d’expliquer tantôt leur entrée dans la carrière tantôt les difficultés du départ à la retraite. Clara la nuit étale plus de clichés que de nouveaux aperçus.

L’idée d’un cloisonnement étanche entre les deux horaires de Clara n’a elle-même rien d’inédit. On croirait d’ailleurs davantage à cette possibilité si Clara elle-même respectait scrupuleusement ses règles de conduite. Or, à peine a-t-elle affirmé l’étanchéité de la frontière entre ses deux mondes qu’elle s’accorde des dérogations. Le passage du temps est également réduit à bien peu de choses. Vingt ans séparent, nous dit-on, les premiers ébats d’une apprentie qui emprunte des jarretelles trop petites à une tapineuse plus expérimentée et les jours de terreur que subit Clara quand surgit un souteneur pourtant prévisible. Le raccourci déroute.

Les meilleures pages racontent la courte et étrange relation entre Clara et l’un de ses clients, peintre de son état. L’auteure tenait là un filon qu’elle exploite trop peu. L’amitié plus stable de Clara avec Louisa et Tony qui la laissent racoler dans leur café est davantage mise en lumière. On saisit d’emblée que le couple constitue pour Clara un havre de paix relative.

Le récit aurait-il dû miser davantage, analyser plus lourdement la relation de Clara avec son père, expliquer chez elle le besoin de lectures quotidiennes ? Probablement pas. La biographie appartient, en effet, à un univers auquel la vie refuse le loisir des questionnements. Survivre seule et sans détente aucune là où les fauves eux-mêmes risquent la mort n’incite pas aux remises en question. Cela, on le comprend. Il n’en demeure pas moins que Clara la nuit ne nous explique pas comment ni pourquoi Clara le jour s’interdisait toute soupape. « Mes journées étaient le négatif de mes nuits. Pas d’alcool, pas de sexe, pas d’hommes. […] Ce contraste me semblait nécessaire à ma survie physique et mentale. » Mais Clara a-t-elle survécu ?

Publié le 1 juin 2005 à 11 h 57 | Mis à jour le 1 juin 2005 à 11 h 57