Jean-Christophe Rufin

CHECK-POINT

Gallimard, Paris, 2015
386 pages
35,95 $

Cinq personnages bien typés, deux camions progressant poussivement à travers les paysages rugueux de l’ex-Yougoslavie, une galère pleine de rebondissements sur le thème de l’humanitaire. Parions qu’il y a là matière à road movie, catégorie poids lourd.

Quatre hommes et une femme, animés de motivations fort diverses, affrontent les difficultés et les dangers d’une incursion dans une contrée en guerre. Vauthier, le plus âgé du groupe, pourrait avoir la quarantaine. Engagé comme mécanicien et un peu homme à tout faire, il a des manières de flic. Les quatre autres, avant tout chauffeurs, se relaient au volant des camions chargés de vivres, de médicaments et sans doute d’autres choses. Lionel, qui dirige l’expédition, ne semble pas posséder les qualités requises pour faire face à tous les imprévus. Marc et Alex, anciens militaires, sont peu loquaces sur les raisons réelles de leur présence dans le convoi. Quant à Maud, à la fois la seule femme et la plus jeune de l’équipée, elle constitue en quelque sorte le pivot autour duquel se déroule l’action du roman. Envahie par le doute, sur elle-même et sur les autres, elle se révèle capable de détermination au point de dépasser ses fragilités.

Jean-Christophe Rufin situe son roman dans le théâtre d’une guerre de la fin du siècle dernier, qui n’en soulève pas moins des questions très actuelles. Comment, en effet, ne pas voir d’un autre œil le monde et l’action humanitaire, quand les menaces à la liberté et à la démocratie se font de plus en plus insidieuses ? Peut-on encore aujourd’hui se contenter de jouer à l’autruche devant les massacres perpétrés au nom de la religion, pas seulement ailleurs mais désormais aussi en plein cœur des pays de la démocratie avancée ?

Malgré quelques éléments qui pourraient être qualifiés de clichés, Rufin mène son récit d’une main bien assurée et nous tient en haleine sans recourir aux effets à grand déploiement. Une fois la couverture refermée, les questions posées par ce roman restent en tête et continuent de tambouriner à la porte.

Publié le 11 avril 2016 à 16 h 44 | Mis à jour le 6 avril 2016 à 14 h 35