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NUIT BLANCHE

Poète, romancier, parolier et véritable touche-à-tout littéraire, l’auteur regroupe, dans ce recueil, un assortiment de cinq suites poétiques créées dans le cadre de divers projets.

La première de ces suites, « Ce texte ne s’adresse qu’à 0,00005 % de la population », se déroule à Paris, en novembre 2015, en plein mois des morts au milieu des sépultures et des passants du cimetière du Montparnasse. Laverdure témoigne de cette infime fraction de la population qui, comme lui, évolue dans ce « petit monde égaré sur une tête d’épingle », un monde en marge du réel, un monde peuplé par ceux qui se nourrissent de fiction, comme s’ils se trouvaient des spectateurs de l’autre côté d’une fenêtre. Ce texte, qui a d’abord été publié en ligne pour l’application Littérature québécoise mobile (LQM), se conclut ainsi : « C’est déjà beaucoup, une promenade sur Mars », et le lecteur que je suis ne peut qu’immédiatement et, quoiqu’on en pense, entendre le refrain répété de cette chanson popularisée par le groupe Offenbach, qui souligne avec insistance la disjonction qu’éprouve parfois un observateur devant un objet aussi beau qu’inaccessible.

« Vivre à la vitesse de la marche » s’insère dans une catégorie que l’on pourrait nommer « littérature de confinement ». La matière première de cette suite a initialement paru sur Twitter au printemps 2020. Une sélection de tweets a ensuite été publiée dans la revue Exit, cela avant d’être refondue pour le présent recueil.

« L’amour colocataire » est présenté comme « le texte d’un zine réalisé à un exemplaire, pour ma coloc ». Cet agencement de douze poèmes dépeint les aléas du quotidien de la cohabitation avec un lyrisme qui fait loger le trivial et le précieux sous le même toit.

« Philosophie des cartes postales transatlantiques » réunit des messages envoyés à l’artiste multidisciplinaire belge Gauthier Keyaerts, à qui revient d’ailleurs le crédit de la photo utilisée sur la page couverture. Par ces textes sensibles, Laverdure rend compte d’une amitié victime de la distance. Peut-être explore-t-il également, à l’instar du célèbre personnage de BD Philémon, les merveilles incongrues que recèlent les lettres mêmes de l’océan Atlantique.

Esquisse d’un portrait inquiétant que semblent éclairer des néons grésillants, « Il était une fois la mort du casting » s’est frayé un chemin jusqu’en demi-finale du Prix de poésie Radio-Canada 2020. Dans le ventre de la métropole, entre l’onirisme et le découragement, on se balade en métro. Les mesures sanitaires liées à la COVID-19 viennent d’entrer en vigueur. Soudainement, « [l]a vie est un trou de poésie au cœur de l’asphalte ».

On le devine, être acteur sur la scène littéraire québécoise implique de mener parallèlement de nombreux projets, dont certains sont plus secondaires. Cet agencement de textes, sur toile de fond de pandémie, offre ainsi l’avantage de montrer la pratique de Laverdure sous plusieurs angles. Cela dit, certains pourraient être tentés d’y voir un manque de direction ou d’unité ? Il serait alors aisé de leur rappeler que « ce livre ne s’adresse qu’à 0,00005 % de la population ». Ils étaient prévenus.

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