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Jean Marcel

BARLAAM ET JOSAPHAT OU LE BOUDDHA CHRISTIANISÉ

RÉCIT DU XIIe SIÈCLE

Lanctôt, Outremont, 2004
146 pages
12,95 $

Prisonnier du new age, le bouddhisme n’est aujourd’hui le plus souvent dans nos pays occidentaux que l’ombre de lui-même parmi le fouillis des religions à la carte, confortables, sans aucune instance de jugement, collationnant au hasard la chance de chacun les aspects les plus hétérogènes permettant d’éviter le travail du négatif qui hante tout individu et toute société. Heureusement, les spécialistes et les érudits continuent à approfondir les textes et les enseignements. Jean Marcel est l’un d’eux et son Barlaam et Josaphat est un petit bijou que je recommande chaudement.

Pour simplifiée qu’elle soit, cette version d’un récit christianisé de l’histoire de Bouddha contribue délicieusement à l’exégèse bouddhique et surtout, nous fait découvrir un texte d’une universalité certaine, comme en témoigne cette réflexion de Josaphat, le fils du roi, après avoir été instruit par des Perses et des Éthiopiens puis avoir compris que son père, pour le protéger, a tenté de ne l’entretenir que dans l’illusion de la perfection et du bonheur : « Mais comment donc peut-on être rassuré en ce monde puisque chacun doit mourir, non seulement en sa vieillesse, mais chaque jour étant un péril de mort, si jeune que l’on soit ». Rétablir ce qui nécessairement viendra revient à prendre conscience de la disparition dans laquelle nous sommes d’emblée engagés.

Comme le rappelle Jean Marcel, Marco Polo (que je connus pour ma part à travers Alain Grandbois), dans son Livre des merveilles du monde, de 1298, parlait déjà de Sagamoni Bercam, notre Bouddha. Mais la légende de Josaphat était déjà connue, la plus ancienne attestation connue datant du VIIe siècle ayant sans doute été élaborée sur le fond de versions en diverses langues puis répandue par des légendes comme celle de Jacques de Voragine. Quant à savoir comment le nom de Bouddha peut s’être transformé en Josaphat, il suffit de lire ce petit livre pour avoir la réponse. Mais l’essentiel est la beauté de cette version de l’histoire du prince Avennir qui, enfermé dans son palais par son père qui veut le protéger des vicissitudes de la vie, en sort un jour pour découvrir la Vérité, guidé par un lépreux, un vieillard, un cadavre puis par le moine Barlaam. Une vie de saint de plus dans notre monde en lutte contre toute forme de Nom-du-Père ne nous fera pas de tort, que l’on soit bouddhiste ou non.

Publié le 24 novembre 2005 à 20 h 56 | Mis à jour le 27 janvier 2015 à 19 h 31