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Sylvie Massicotte

AVANT D’ÉTEINDRE

L’instant même, Québec, 2014
109 pages
15,95 $

Des gens ordinaires, tels sont la plupart des héros des nouvelles du dernier recueil de Sylvie Massicotte, mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, et l’écrivaine raconte avec beaucoup d’empathie et de délicatesse les aléas auxquels leur existence est soumise. Le thème majeur qui ouvre et clôt le livre et qui s’y retrouve à plusieurs reprises, comme un leitmotiv, est celui de la filiation. Dans la première nouvelle, « L’arbre invisible », la mère qui n’a jamais voulu parler à son fils de « l’homme invisible qui [l]’a conçu », lui apprend, alors qu’il est sur le point de partir donner un atelier dans une école, qu’il était voyageur de commerce. Au moment où ce fils va quitter la classe, un enfant qui n’a prêté aucune attention à ce qu’il montrait aux élèves le « serre fort, amoureusement » et sa « vue se brouille ». « Je pense à moi, fils de l’homme invisible ». Dans « Le sac », un enfant découvre le conjoint de sa mère, qui devait le ramener de l’école, ivre mort dans sa voiture. Il le voit comme un gros sac mou. « C’est pourtant mon père, pas mon vrai père, mais mon père quand même. » Dans « Les blessures », Tilio, placé dans une famille d’accueil, « s’épluche les ongles d’orteils jusqu’à ce que le sang gicle ». Comme ses chaussures le feront souffrir, « il aura moins mal à l’intérieur ». Dans la dernière nouvelle, « Avant d’éteindre », une femme surfe sur Internet tout en évoquant avec nostalgie les moments heureux qu’elle passait avec son père dans son enfance. « J’écris ‘Tu me manques’, mais je ne cliquerai pas sur Send, sur cendres ».

Lorsqu’un individu décide de changer de sexe, cela ne va pas sans causer de perturbations chez ses enfants. C’est précisément le sujet de la nouvelle intitulée « Un cœur ». Je laisserai au lecteur le plaisir de découvrir cette histoire qui est sans doute l’une des plus belles de ce livre pour la profondeur des sentiments qu’éprouvent « hommes et femmes confondus ». Contrairement aux nouvelles mentionnées précédemment, « Prendre Edgar » donne le point de vue du père. Celui qui vient chercher son fils chez son ex-femme conseille à Edgar, qui a un problème avec son ordinateur, d’aller dans « Résolution d’écran » pour le régler. « Résolution de conflits, ils connaissent ». Même si le thème du rapport parent/enfant apparaît souvent dans ce recueil, il n’est cependant qu’un élément d’une problématique plus vaste qui est celle des liens que les êtres humains tissent entre eux. « On reconnaît ses semblables et on se trouve désormais lié à eux par un fil invisible. Comme les outardes dans le ciel bleu d’automne ».

Publié le 30 septembre 2015 à 10 h 38 | Mis à jour le 6 octobre 2015 à 13 h 45