Accueil > Commentaires de lecture > Essai > AUX PAYS DES MERVEILLES

Numéro 104

André Pratte

AUX PAYS DES MERVEILLES

ESSAI SUR LES MYTHES POLITIQUES QUÉBÉCOIS

VLB, Montréal, 2006
153 pages
18,95 $

Journaliste depuis vingt-cinq ans, André Pratte,éditorialiste en chef à La Presse, nous propose sa vision d’un sujet vieux comme le Canada : la dualité entre « le pays idéal », mis de l’avant par les indépendantistes, et « le meilleur pays au monde », le Canada idyllique des fédéralistes. Selon Pratte, il s’agit ici de mythes, d’un « échafaudage de mythes » élaborés au cours des années par les innombrables intellectuels, journalistes et politiciens qui se sont prononcés sur le sujet. Or, quoi de mieux, pour clarifier la situation, que d’écrire un autre livre sur le sujet ?

André Pratte, « comme la majorité des jeunes » de l’époque, a voté OUI au référendum de mai 1980. Cela dit, il admet n’avoir ressenti « aucune tristesse particulière » devant les résultats de cette première consultation sur l’indépendance du Québec. Il a aussi voté OUI en 1995, croyant que Lucien Bouchard, contrairement à Jacques Parizeau, négocierait de bonne foi avec le reste du Canada. Une victoire massive du OUI aurait été, selon lui, un véritable « électrochoc », nécessaire pour « qu’une majorité de Canadiens acceptent enfin de reconnaître [ ] la spécificité du Québec ». Il a donc, à l’instar des autres électeurs ayant voté OUI, été déçu du résultat de ce deuxième référendum, mais, comme une majorité de Québécois, c’est « le discours malheureux de Jacques Parizeau, le soir de la défaite du OUI, qui [l’a] révolté ». Ce soir-là, comme bien des Québécois, il a vu ce que pouvait aussi inclure le rêve d’un pays, ce qui pouvait se dissimuler derrière une idéologie, qu’elle soit de gauche ou de droite, indépendantiste ou fédéraliste. C’est là que sa « route s’est définitivement séparée de celle des souverainistes ».

L’essai d’André Pratte, qui en vexera certains au passage, est particulièrement stimulant, non pas tellement à cause des nouvelles positions de l’auteur (qu’on accusera d’avoir viré son capot de bord), mais plutôt parce qu’il met en place les jalons du changement d’opinion chez Pratte. Car, justement, plusieurs y retrouveront leurs propres doutes, hésitations et ambivalences.

 

Publié le 23 septembre 2006 à 16 h 56 | Mis à jour le 6 février 2015 à 19 h 48