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Christiane Frenette

APRÈS LA NUIT ROUGE

Boréal, Montréal, 2005
168 pages
19,95 $

Après un incendie qui ravage le quartier de Rimouski où il habite, Thomas se sent coupable et hurle à qui veut l’entendre au milieu des décombres qu’il est responsable du malheur qui vient de s’abattre sur la ville. Au lendemain du drame, il est interné à Québec durant plusieurs années au cours desquelles les médecins tentent de raviver sa mémoire et son goût de vivre. Jeune fille modèle, Marie verra sa vie transformée après la nuit rouge. Elle deviendra l’épouse irréprochable et effacée de Romain, jeune médecin qui croit qu’on peut venir à bout de tout avec la raison et de la bonne volonté. Leurs destins se retrouvent bientôt enlacés, qui en quête de son passé, qui à la recherche de son identité, qui à la recherche de l’amitié perdue. D’un passé qu’ils croient commun prend forme un présent qui leur échappe, qui ne cesse de les éloigner les uns des autres, et d’eux-mêmes. Et puis il y a Lou, la fille cadette de Marie, qui ouvre une brèche dans le récit en réalisant le rêve fou de sa mère : elle fuira Rimouski et sa famille afin d’échapper à l’ordre immuable des choses, aux apparences qui figent toute vie. Durant plus de trente ans, elle concrétisera le refus, l’absence, l’exil.

Après la nuit rouge, le dernier roman que vient de faire paraître Christiane Frenette, succède à un recueil de nouvelles particulièrement réussi, Celle qui marche sur du verre. Dans l’un et l’autre cas, Christiane Frenette réussit à esquisser le drame intérieur des personnages qu’elle met en scène avec autant de retenue que d’intensité. En quelques traits, elle brosse l’essentiel d’une situation (ici la perte de mémoire, d’identité, et l’inévitable quête qui s’ensuit), donne des personnages les caractéristiques indispensables à la saisie du drame qui les habite, et ce, avec une grande justesse. La romancière, comme dans son roman précédent, La nuit entière, occupe davantage l’espace du silence, du non-dit, et l’une des forces de son écriture est d’épouser au plus près le point de vue narratif des personnages, le trouble qui les habite, de traduire le sentiment de déperdition qui leur colle à la peau et qui n’est jamais nommé. Sentiment de déperdition ici accentué par l’entrecroisement des points de vue narratifs, des trames et des destins, des époques et des lieux qui ne cessent de ramener les personnages à eux-mêmes, à leur propre quête à jamais inassouvie.

« Il y a tant de manières de dire les choses », pensera Lou lorsque l’occasion lui sera offerte une nouvelle fois de tout recommencer, d’échapper à nouveau à l’inéluctable, tout en sachant toute fuite vaine. Tôt ou tard, il faut revenir, se souvenir. Après la nuit rouge repose sur une grande maîtrise de l’écriture, entièrement mise au service du dévoilement, de l’atmosphère qui enveloppe les personnages. Un roman qui mérite d’être lu et relu.

 

Publié le 22 septembre 2005 à 0 h 09 | Mis à jour le 27 décembre 2014 à 9 h 52