Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > UNE ANTIGONE À KANDAHAR

Joydeep Roy-Bhattacharya

UNE ANTIGONE À KANDAHAR

Trad. de l’anglais par Antoine Bargel
Gallimard, Paris, 2015
361 pages
37,95 $

L’auteur habite dans l’État de New York. Né en Inde, il a fait des études universitaires à Calcutta, puis en Pennsylvanie dans les domaines des sciences politiques, des relations internationales et de la philosophie politique. Avec Une Antigone à Kandahar, Joydeep Roy-Bhattacharya nous invite dans les rangs de camps opposés. Se situant au-dessus de la mêlée, le romancier confie à huit narrateurs le récit d’un siège d’une base américaine au cœur de la province de Kandahar entrepris par une Afghane, Nizam. La narration est d’abord confiée à la jeune fille, qui expose la situation.

La référence à l’Antigone de Sophocle laisse entrevoir la fin tragique de l’héroïne. Tout comme Antigone, Nizam, la jeune fille de Kandahar, tient tête au Pouvoir, le Créon de Sophocle étant ici incarné par la hiérarchie politique et militaire américaine. Nizam a parcouru le sentier à travers les montagnes pendant la nuit. Seule survivante de sa famille décimée par une bombe perdue, la jeune fille porte les marques de dommages dits « collatéraux » : les jambes coupées, elle se déplace sur une charrette à l’aide de ses mains. Elle arrive à l’aube à la base américaine pour réclamer le corps de son frère, le Pachtoun Youssouf, mort lors de l’assaut qu’il a lancé contre les envahisseurs « amrikâyi » pour venger sa famille.

« Sous les talibans, ma famille était en vie. Aujourd’hui ils sont tous morts. Qu’est-ce qui est mieux ? La liberté ou la vie ? » de répliquer la jeune Afghane au soldat qui lui rappelle les contraintes des talibans dont l’armée américaine a libéré son peuple. Elle veut ensevelir le corps de son frère selon le rite de sa religion, rien ni personne ne la fera céder.

Est-ce un piège ? se demande-t-on à l’intérieur de la base qui a subi d’importantes pertes humaines lors du violent assaut. Un attentat-suicide ? La résistante au milieu du champ de bataille provoque un sursaut de vigilance à l’intérieur du fort, puis un grand malaise. La narration est alors assurée tour à tour par des militaires et par Massoud, un interprète afghan ayant échappé aux talibans qui ont massacré sa famille.

Ce roman choral empreint d’humanité montre l’absurdité de la guerre venue à bout de l’idéal initial des soldats, parmi lesquels Doc, qui confie : « On n’est pas en train de gagner la guerre, on est en train de se créer des ennemis à vie. Il est temps d’admettre que nos supérieurs nous tiennent prisonniers de leurs mensonges ». Un romancier à découvrir que ce Joydeep Roy-Bhattacharya.

Publié le 11 avril 2016 à 8 h 39 | Mis à jour le 6 avril 2016 à 15 h 06