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Marie-Andrée Lamontagne

ANNE HÉBERT, VIVRE POUR ÉCRIRE

Boréal, Montréal, 2019
560 pages
39,95 $

Elle n’avait peut-être pas choisi de rester invisible comme Réjean Ducharme. Et pourtant, une grande part de mystère plane sur la vie intime d’Anne Hébert. Un mystère qui résulte moins de l’éloignement géographique, des nombreuses années vécues en France, que de la discrétion légendaire de la romancière, comme si le rayonnement de son œuvre avait exigé l’effacement de sa personne.

Cette toute première biographie d’Anne Hébert, qui paraît à point nommé vingt ans après la disparition de l’auteure, aura nécessité quinze ans de recherche. Il suffit de consulter la liste des sources documentaires, notamment l’impressionnante série d’entretiens, conversations et propos recueillis entre 2002 et 2016, pour constater que Marie-Andrée Lamontagne ne s’est épargné aucun effort pour tracer ce magistral portrait d’écrivain. Le « mystère Anne Hébert » n’est peut-être pas entièrement percé pour autant, mais nous en savons beaucoup plus sur son enfance et sa jeunesse, ses rapports avec sa famille et ses amis, les événements et les rencontres qui l’ont marquée, ainsi que – secret des secrets – sa vie sentimentale (sa relation libre avec l’éditeur tourangeau Roger Mame). Qu’on ne s’attende pas à des révélations chocs ou déplacées cependant. Lamontagne procède de façon détaillée, rigoureuse, mais toujours respectueuse. Elle prend même soin, dans un sympathique « Envoi » en fin de volume, de décrire quelle a été sa « scène primitive » avec Anne Hébert.

De nombreux documents inédits, en particulier la correspondance échangée avec les membres de la famille, surtout avec son frère Pierre, viennent ainsi éclairer une vie dont la principale intéressée déclara un jour, en réponse à un journaliste curieux, qu’elle n’était pas intéressante. Une vie vouée à l’écriture, mais aussi – n’en déplaise à la discrète romancière – pleine d’intérêt au regard de son œuvre. Lamontagne nous permet ainsi de suivre Anne Hébert au fil du temps, de l’élaboration de ses œuvres et de ses relations étroites avec son père Maurice et son frère Pierre, ses amies Monique Bosco, Jeanne Lapointe et Mavis Gallant, ou ses intercesseurs français Albert Béguin et Jean Cayrol, parmi d’autres. À lire en même temps que le magnifique Album Anne Hébert de Bernard Chassé et Nathalie Watteyne (Fides, 2016), Anne Hébert, vivre pour écrire est déjà devenu un ouvrage indispensable au sein des études hébertiennes.

Publié le 9 avril 2020 à 15 h 25 | Mis à jour le 23 avril 2020 à 12 h 25