Numéro 113

Pierre Morency

AMOURASKA

Boréal, Montréal, 2008
92 pages
17,95 $

En traversant Amouraska, le lecteur de Pierre Morency ne sera pas dépaysé. Celui-ci revisite « les trois lumières de toute vie », soit le lieu de l’épanouissement, l’amour et la poésie, synonyme de beauté, mais aussi les thèmes de l’amitié, du bonheur, de la vie, de la mort, du feu, sans lequel il n’y a pas de soleil, de passion, de brûlure, de chaleur ou de clarté. La première des quatre parties creuse la « question majeure » de l’œuvre de Morency, inlassable quête de sens : « Où vivre ? » Pour se construire, il faudrait d’abord marcher les sens en éveil, fuir la foule et le vacarme, « s’octroyer la distance », apprendre les ailes pour voler vers les richesses naturelles afin d’atteindre un rêve de clarté. Mais cet itinéraire n’est pas sans obstacles. Pour Morency, « [l]e plus dur de ce monde est dans l’être ». Or, cet être, ce « vrai vivant de vie », n’est pas donné d’emblée, il se bâtit grâce aux autres, car « [c]’est dans l’autre humain qu’un humain trouve son réel ». Par contre, « [l]’amour est sans demeure à qui / N’a pas inventé sa voix et sa mesure ». Il faut donc se peupler soi-même d’un feu, comme « l’oiseau naît de sa propre flamme ».

La deuxième section, « Chant de gorge », aborde le thème de l’approche de la mort, « [é]trange pays que ce passage / Vers ce qui reste, / Devient complet et / Donne un sens à ce qui fut ». Le chant de gorge s’avère donc le chant de la nuit, du nord et du froid, une plainte de la vie. Pour endurer l’épreuve, « [i]l suffit parfois de boire un peu de poésie ». Le moment ultime est présenté comme l’« [h]eure juste en la demeure / Franchise de toute parole ». La troisième section, « Respects du soir », rend hommage aux amis poètes, dont feu Roland Giguère, à la femme, à l’autre en soi. La fin formule le programme d’une vie vouée à la poésie : avancer pour toucher le lieu où « plonger tout vif / Dans un long travail de mise au net. / Pour la simple joie de dire / La naissance d’un chemin qui en vaudrait la peine ».

Le poème éponyme de la dernière section, « Amouraska », donne la parole à la femme aimée, qui vante les mérites de son homme, son feu. On l’aura compris, Amouraska, c’est Kamouraska sans le K initial, paysage traversé par le fleuve, où on fait la part belle à l’amour partagé, qui donne un sens à la vie, un lieu idyllique « où la poésie se fondrait tout naturellement avec l’ordinaire de la vie ». Hélas, ce lieu ne semble pas Québec (rebaptisé Kourk ?), « ville languide et suffisante », dont la rive serait « vide et stérile ».

Publié le 14 décembre 2008 à 10 h 54 | Mis à jour le 14 décembre 2008 à 10 h 54