Sarah Waters

AFFINITÉS

Trad. de l'anglais par Erika Abrams
Denoël, Paris, 2005
522 pages
39,95 $

« 24 septembre 1874. Papa disait qu’on peut tirer un récit de n’importe quelle suite d’événements : le tout est de savoir où commencer et où mettre le point final. » Ainsi commence Affinités, sur ces fortes paroles qui laissent accroire que Sarah Waters sait décidément de quoi elle parle

L’action commence et se poursuit en pleine ère victorienne, à Londres, dans un endroit très particulier de Londres, la prison pour femmes de Millbank. Margaret Prior, dame patronnesse et femme du monde cultivée, y fait des visites pour sauver son âme et celle des voleuses, criminelles, faussaires, mères maquerelles et avorteuses incarcérées. Sa rencontre avec Selina Dawes, une détenue qui ne cesse de clamer son innocence, lui fait découvrir le très étrange univers du spiritisme et des médiums. Margaret est troublée, irrésistiblement attirée par le monde de Selina, et par Selina elle-même ; leur drôle d’histoire ne tarde pas à prendre un tour passionnel.

Margaret consigne tout de cette histoire dans un cahier, absolument tout et de manière obsessionnelle. « Enfin, j’ai ouvert ce cahier, je l’ai feuilleté. J’avais présent à l’esprit le mot d’Arthur, disant que les livres des femmes écrivains ne seraient jamais que des chroniques du cœur. Il me semble que j’ai cru sur le moment pouvoir lui donner le démenti en continuant à aller à Millbank et à consigner ici le compte rendu de mes visites. »

La narration, menée sur le mode du journal, est sans failles, le décor est splendidement campé, la progression psychologique est très finement élaborée, les descriptions physiques de la vie quotidienne en prison sont magistrales, le récit, à la fois oppressant et intimiste, est d’une grande intensité, la langue, précise, est d’une rare élégance (l’exceptionnel travail de la traductrice, Erika Abrams, y est sans doute pour beaucoup). Et le suspense enfle jusqu’à un dénouement qui nous mystifie littéralement. On dit régulièrement de Sarah Waters qu’elle est la digne héritière de William Wilkie Collins et de Charles Dickens. Chose certaine, Affinités est un roman « so british » très réussi.

Publié le 22 septembre 2005 à 1 h 03 | Mis à jour le 1 février 2015 à 7 h 49