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	<title>Christine Comeau | Nuit Blanche</title>
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	<title>Christine Comeau | Nuit Blanche</title>
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		<title>Ce dont on ne parle pas et autres fantômes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Emmanuelle Lescouet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 20:36:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques Web]]></category>
		<category><![CDATA[Christine Comeau]]></category>
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					<description><![CDATA[L’autrice Alexie Morin s’est fait connaitre du grand public avec la parution de son troisième livre, le roman autofictionnel Ouvrir son cœur (Le Quartanier, 2018), qui a remporté le Prix des libraires du Québec en 2019 et s’est classé finaliste au Prix littéraire des collégien·ne·s l’année suivante. Elle nous revient en 2025 avec une proposition très différente, une fiction d’inspiration gothique flirtant avec le fantastique, le premier tome d’un cycle à venir : La maison du rang Lynch.]]></description>
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<div class="et_pb_text_3 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module titre-critique titre-ouvrage nom-auteur"><div class="et_pb_text_inner"><p><span class="titre-critique" id="titre-critique">Ce dont on ne parle pas et autres fantômes</span><br />
par <span class="nom-auteur" id="contributeur-critique">Christine Comeau</span></p>
<p><span class="titre-ouvrage" id="titre-ouvrage">La maison du rang Lynch</span>  de <span class="nom-auteur" id="nom-auteur">Alexie Morin</span></p>
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<div class="et_pb_image_1 et_pb_image et_pb_module et_block_module"><span class="et_pb_image_wrap"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" src="https://i0.wp.com/nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/01/9782896987641_large-1.webp?resize=1080%2C1625&#038;ssl=1" title="9782896987641_large (1)" width="1080" height="1625" srcset="https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/01/9782896987641_large-1.webp 1196w, https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/01/9782896987641_large-1-980x1475.webp 980w, https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/01/9782896987641_large-1-480x722.webp 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) 1196px, 100vw" class="wp-image-3082" /></span></div>

<div class="et_pb_text_4 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module details"><div class="et_pb_text_inner"><div class="details"><small style="font-size: 80%;">Date de parution</small><br />
<span id="date-parution">14 octobre 2025</span><br />
&#160;<br />
<small style="font-size: 80%;">Éditeur</small><br />
<span id="éditeur">Le Quartanier</span><br />
&#160;<br />
<small style="font-size: 80%;">Critique publiée le</small><br />
<span id="éditeur">14 janvier 2026</span>
</div>
</div></div>
</div>

<div class="et_pb_column_5 et_pb_column et_pb_column_3_4 et-last-child et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough">
<div class="et_pb_text_5 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module"><div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">L’autrice Alexie Morin s’est fait connaitre du grand public avec la parution de son troisième livre, le roman autofictionnel <i>Ouvrir son cœur</i> (Le Quartanier, 2018), qui a remporté le Prix des libraires du Québec en 2019 et s’est classé finaliste au Prix littéraire des collégien·ne·s l’année suivante. Elle nous revient en 2025 avec une proposition très différente, une fiction d’inspiration gothique flirtant avec le fantastique, le premier tome d’un cycle à venir : <i>La maison du rang Lynch</i>.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’histoire prend place à Wickford Mills, une localité fictive inspirée par le Windsor natal de l’autrice, plus spécifiquement dans une petite agglomération isolée au bout d’un rang, quelques maisons ayant poussé de guingois autour de la demeure ancestrale de la famille McCabe. Sous l’égide d’un patriarche tyrannique se déploie toute une galerie de personnages : Maude et Marylou, filles-mères de génération en génération, Anne-Claire et Samuel, les enfants disparus, le cousin Tommy, mouton noir du clan, et surtout David et Vincent, grandissant tant bien que mal entre deux tragédies, comme de la mauvaise herbe s’insinuant dans les <i>craques</i> d’un rocher. C’est une histoire qui prend son temps, qui fait des détours, qui sinue entre les époques comme un sentier tortueux dont on ne sait pas s’il nous conduira hors de la forêt ou dans ses profondeurs les plus sombres. L’intrigue, faite de silences ponctués d’évènements inexplicables, évolue autour de cette famille ordinaire d’adolescent·e·s blasé·e·s et de parents absents contre laquelle le sort semble injustement s’acharner.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’adolescence est un thème important de <i>La maison du rang Lynch</i>, ce qui donne à l’ouvrage des allures de roman initiatique. Dans les premières pages, les expérimentations d’un bébé qui porte les objets à sa bouche ou qui les cogne sur le plancher afin « d’établir les propriétés du réel » agissent comme une mise en abyme de tout le livre : à l’image de la petite enfance, l’adolescence est une période de la vie où on teste les limites de son environnement. Dans une entrevue donnée à l’émission <i>Il restera toujours la culture</i><a href="#note1" id="appel1" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>1</sup></a>, diffusée sur les ondes de Radio-Canada, Alexie Morin parle de l’adolescence comme de la période où « tout arrive pour la première fois ». Elle évoque également la découverte du monde des adultes, qui peut se révéler décevante, voire traumatisante pour les jeunes exposé·e·s trop tôt à des évènements malsains ou violents. Laissés à eux-mêmes au milieu de nulle part, privés de repères, les enfants du rang Lynch finissent inévitablement par se perdre – que ce soit de façon littérale ou métaphorique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Des contes classiques, comme <i>Hansel et Gretel</i>, des frères Jacob et Wilhelm Grimm, ou <i>Le Petit Poucet</i>, de Charles Perrault, aux romans populaires tels que <i>The Girl Who Loved Tom Gordon</i>, de Stephen King (Scribner, 1999), les histoires d’enfants égarés en forêt constituent un schéma récurrent des littératures de l’imaginaire. Mais la mésaventure de Vincent qui, équipé d’une carte et d’une boussole ayant appartenu à son père, se perd dans les bois bordant le rang Lynch, n’est pas anodine. Alors qu’il croit avancer en ligne droite, ses pas le ramènent sans cesse à son point de départ. Il tourne en rond jusqu’à ce que sa malchance prenne une dimension surnaturelle, mais aussi symbolique. Sa trajectoire circulaire figure l’histoire de la famille McCabe, pour laquelle les malheurs semblent se répéter sans fin. Elle figure également le désir de fuir ses racines sans jamais y arriver; la boucle sans fin des traumas transgénérationnels à laquelle il ne peut échapper, car les outils que son père lui a transmis ne lui permettent pas de trouver son propre chemin. Avec son écriture subtile, Alexie Morin a su broder une signification cachée au revers de chacun des éléments qui forment son histoire, donnant au récit une seconde couche de sens et plus de profondeur qu’il pourrait y paraitre. Ce n’est probablement pas un hasard non plus si la route où se situe la maison familiale, qui forme une boucle avec le rang, se nomme « le chemin Rond ».</p>
<p style="font-weight: 400;">En plus de présenter les caractéristiques d’un roman d’apprentissage, <i>La maison du rang Lynch</i> contient plusieurs des attributs généralement associés au roman gothique, dont le plus évident est bien entendu la maison elle-même. Plus que de simples décors, les habitations, dans la littérature gothique, sont intrinsèquement liées à leurs occupants. Pensons, par exemple, à la vieille demeure de la famille Usher, dont la décrépitude reflète l’état mental des membres de la maisonnée (<i>The Fall of the House of Usher</i> d’Edgar Allan Poe, <i>Burton’s Gentleman’s Magazine</i>, 1839); ou encore au manoir de Hill House, où les phénomènes paranormaux semblent renvoyer à l’état émotionnel de la protagoniste (<i>The Haunting of Hill House </i>de Shirley Jackson, Viking, 1959). La demeure des McCabe, quant à elle, est sale et encombrée, chaque génération y ayant laissé « sa propre couche sédimentaire d’objets hétéroclites et de poussière ». Il s’agit de l’héritage familial, un lieu chargé de souvenirs, où le présent et le passé s’entremêlent inextricablement. La nuit, elle devient menaçante, source de cauchemars. Après tout, « [c]’est souvent les choses les plus familières qui sont les plus épeurantes ».</p>
<p style="font-weight: 400;">Alexie Morin ancre également son roman dans le genre au moyen de plusieurs références intertextuelles, notamment à l’une des œuvres les plus célèbres de la littérature gothique : <i>Wuthering Heights</i> d’Emily Brontë (Thomas Cautley Newby, 1847), qui met en scène les tourments d’une famille déchirée par les passions. Le personnage de Tommy lit ce classique avec grand intérêt. Se sentant lui-même mis à l’écart par ses proches en raison de sa différence, on peut aisément l’imaginer s’identifier au ténébreux Heathcliff. Lorsqu’il émet cette réflexion : « Tout le monde s’haït, même quand ils s’aiment », on comprend que son commentaire s’applique tant aux Earnshaw d’Emily Brontë qu’aux McCabe – et, avouons-le, à bien des familles.</p>
<p style="font-weight: 400;">Selon Wen-yi Lee, « le gothique, en tant que genre, s’intéresse aux squelettes dans les placards familiaux<a href="#note2" id="appel2" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>2</sup></a> ». Elle affirme que « le potentiel horrifique de la famille réside dans son inéluctabilité ». En effet, on ne choisit pas ses proches, pas plus qu’on ne peut réellement parvenir à les quitter. Qu’on le veuille ou non, l’héritage qu’on porte nous suit où qu’on aille. La romancière précise : « En ce qui concerne les membres de votre famille, vous êtes la maison hantée. Vous êtes le papier peint qu’ils déforment, les portes qu’ils verrouillent, les miroirs dans lesquels ils apparaissent. » Dans le cas des jeunes du clan McCabe, il semble en effet assez juste d’envisager le patrimoine hérité comme une forme de hantise, une malédiction à laquelle il est impossible de se soustraire.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est bien connu : qui dit roman gothique dit aussi phénomènes surnaturels, et le livre dont il est question ici ne fait pas exception. Des bruits de pas résonnant dans les couloirs, l’ombre d’une fillette errant dans les bois… Alexie Morin use du fantastique avec parcimonie pour créer une ambiance prégnante et équivoque. Mais, comme pour les autres éléments de l’intrigue mentionnés précédemment, les « fantômes » du rang Lynch ont bien plus à voir avec le passé familial qu’avec l’au-delà. La présence qui alourdit l’atmosphère de la vieille demeure ou de la forêt environnante, c’est le poids des secrets. Ce sont les souvenirs douloureux, les regrets et les questions sans réponse. C’est « l’interdiction de nommer qui empêch[e] d’oublier ». Ce qui hante les McCabe, c’est ce dont ils et elles ne parlent pas.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans son essai <i>Haunting the Text: Housing Ghosts in Fiction</i><a href="#note3" id="appel3" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>3</sup></a>, l’écrivaine Catriona Ward affirme que la plupart des histoires de fantômes portent sur « l’horreur engendrée par ce qui revient, le caractère aberrant de la répétition ». Elle ajoute même que les revenants constituent « l’antithèse de la croissance ». Puisqu’ils n’évoluent pas, « les fantômes personnifient l’horreur du moment arrêté, répété à jamais ». Lorsque l’histoire se réitère, « au lieu d’atteindre une résolution cathartique, on est renvoyé à son point de départ » – ce qui rappelle la boucle infinie parcourue par Vincent dans la forêt. Chez les McCabe, les adolescent·e·s grandissent parmi les fantômes, leur émancipation empêchée reproduisant à la perfection l’antithèse évoquée par Catriona Ward. L’originalité de l’œuvre d’Alexie Morin réside peut-être dans l’entrechoquement de ces idées opposées, de la croissance et de la stagnation.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’univers créé par Alexie Morin est riche, et sa prose hypnotique retient aisément l’attention du lecteur ou de la lectrice qui s’y aventure. Il faut toutefois savoir que <i>La maison du rang Lynch</i> ne révèle pas facilement ses secrets. Ceux ou celles qui attendent d’un livre qu’il fournisse une explication à tout pourraient ressentir une légère déception en en refermant la couverture ou, au contraire, avoir très hâte de lire la suite. Sans être réellement angoissant, le roman capture magnifiquement l’esprit du gothique pour créer une intrigue psychologique moderne portant sur la démission parentale et sur le cycle de la transmission des traumatismes. Pour Catriona Ward, les histoires de revenants que nous nous racontons « dramatisent nos tentatives désespérées de guérir un passé qui se répète sous nos yeux, encore et encore ». Elles portent également « l’espoir de parvenir à rectifier le passé pour enfin avancer, d’apprendre les leçons qu’il a à nous enseigner et de réussir à s’en exorciser ». Nous verrons bien, dans les prochains tomes, si la famille McCabe parviendra ou non à se débarrasser de ses fantômes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p><span style="font-height: 400;">1. Il restera toujours la culture. (22 octobre 2025). « Alexie Morin inspirée par les mystères de la forêt », <i>Radio-Canada Ohdio</i>, [en ligne]. <a style="color: #595959 !important;" href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/il-restera-toujours-culture/segments/rattrapage/2206930/entrevue-avec-autrice-alexie-morin-pour-son-roman-maison-rang-lynch" target="_blank" rel="noopener">https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/il-restera-toujours-culture/segments/rattrapage/2206930/entrevue-avec-autrice-alexie-morin-pour-son-roman-maison-rang-lynch</a>. <a href="#appel1" id="note1" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
<p><span style="font-height: 400;">2. Traduction libre. LEE, Wen-yi. « We Inherit Our Ghosts: On Gothic Fiction and the Need to Remember », <i>Crime Reads</i>, [en ligne], 27 september 2024. <a style="color: #595959 !important;" href="https://crimereads.com/we-inherit-our-ghosts-on-gothic-fiction-and-the-need-to-remember/" target="_blank" rel="noopener">https://crimereads.com/we-inherit-our-ghosts-on-gothic-fiction-and-the-need-to-remember/</a>. <a href="#appel2" id="note2" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
<p><span style="font-height: 400;">3. Traduction libre. WARD, Catriona. « Haunting the Text: Housing Ghosts in Fiction », <i>Writing the Uncanny</i>, sous la direction de Dan Coxon et Richard V. Hirst, Dead Ink, 2021. <a href="#appel3" id="note3" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
</div></div>
</div>
</div>
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		<title>Redéfinir la masculinité à la cabane à sucre</title>
		<link>https://nuitblanche.com/redefinir-la-masculinite-a-la-cabane-a-sucre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emmanuelle Lescouet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 14:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques Web]]></category>
		<category><![CDATA[Christine Comeau]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Martine Desjardins]]></category>
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					<description><![CDATA[Des romans gothiques aux mythes grecs, Martine Desjardins sait toujours trouver, dans les formes littéraires du passé, des outils pointus et incisifs pour disséquer nos peurs collectives et nos plus vilains défauts. Avec son roman Le temps des sucres, publié chez Alto en avril 2025, l’autrice nous propose cette fois-ci un pastiche de folk horror – « horreur folklorique » – à la sauce québécoise, une imitation ludique bien sucrée au sirop du pays.]]></description>
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<div class="et_pb_text_9 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module titre-critique titre-ouvrage nom-auteur"><div class="et_pb_text_inner"><p><span class="titre-critique" id="titre-critique">Redéfinir la masculinité à la cabane à sucre</span><br />par <span class="nom-auteur" id="contributeur-critique">Christine Comeau</span></p>
<p><span class="titre-ouvrage" id="titre-ouvrage">Le temps des sucres</span>  de <span class="nom-auteur" id="nom-auteur">Martine Desjardins</span></p>
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<div class="et_pb_text_10 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module details"><div class="et_pb_text_inner"><div class="details">
<p><small style="font-size: 80%;">Date de parution</small><br />
<span id="date-parution">Avril 2025</span></p>
<p><small style="font-size: 80%;">Éditeur</small><br />
<span id="éditeur">Alto</span></p>
<p><small style="font-size: 80%;">Critique publiée le</small><br />
<span id="éditeur">5 novembre 2025</span><br />
<span> </span><br />
<span> </span></p>
</div>
</div></div>
</div>

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<div class="et_pb_text_11 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module"><div class="et_pb_text_inner"><p><span style="font-weight: 400;">Des romans gothiques aux mythes grecs, Martine Desjardins sait toujours trouver, dans les formes littéraires du passé, des outils pointus et incisifs pour disséquer nos peurs collectives et nos plus vilains défauts. Avec son roman</span><i><span style="font-weight: 400;"> Le temps des sucres</span></i><span style="font-weight: 400;">, publié chez Alto en avril 2025, l’autrice nous propose cette fois-ci un pastiche de </span><i><span style="font-weight: 400;">folk horror </span></i><span style="font-weight: 400;">– « horreur folklorique » – à la sauce québécoise, une imitation ludique bien sucrée au sirop du pays.</span><span style="font-weight: 400;">     </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">À la suite du décès d’un père qu’il a peu connu et des sommations intempestives d’un grand-père qu’il connait encore moins, Guillaume quitte son milieu naturel citadin et retourne dans son village natal afin d’assister aux obsèques et de régler la succession. À l’érablière de son aïeul, il fait la connaissance des hommes de sa famille – des hommes bien virils qui chassent l’ours, qui buchent du bois torse nu et qui se battent pour un oui ou pour un non. Mais pour s’intégrer au clan Lacerte, tissé serré comme une ceinture fléchée, Guillaume doit faire ses preuves : « [un] vrai homme il faut que ça se mesure à la nature ». Vivre à la dure lui permet de mettre au jour des facettes de sa personnalité que la vie en ville l’avait contraint à ensevelir sous une couche de mondanités. Tandis que la récolte d’eau d’érable se transforme en véritable parcours initiatique, quelque chose gronde dans le sol de la forêt. Le terreau dans lequel les racines des érables Lacerte puisent leurs forces abrite des secrets anciens, qui, eux aussi, ont été enfouis et qui s’apprêtent à refaire surface.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’histoire de l’étranger venu de la ville qui débarque à la campagne et se trouve confronté à une communauté aux mœurs étranges ou à des puissances occultes est un schéma narratif très répandu dans les œuvres associées au </span><i><span style="font-weight: 400;">folk horror</span></i><span style="font-weight: 400;">. Ce terme a été utilisé pour la première fois pour décrire un sous-genre du cinéma d’épouvante anglais apparu dans les années 1970. La contreculture de la décennie précédente, prônant le retour à la terre, les valeurs environnementalistes et les pratiques spirituelles ésotériques, a contribué à populariser les thèmes sur lesquels il se fonde. Dans les œuvres de </span><i><span style="font-weight: 400;">folk horror</span></i><span style="font-weight: 400;">, les paysages ruraux, les manières de faire rustiques, les rituels païens et les superstitions de grand-mères s’opposent aux modes de vie et aux croyances modernes. En fait, un rapport ambivalent au passé sous-tend tous les motifs développés dans ces fictions d’épouvante – et on peut aisément affirmer qu’au Québec, on s’y connait en relation conflictuelle avec le passé! </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le folklore québécois, riche en loups-garous et en diableries de tous genres, constitue une source d’inspiration illimitée pour le </span><i><span style="font-weight: 400;">folk horror</span></i><span style="font-weight: 400;">. Pourtant, le terme semble avoir été attribué à très peu d’œuvres d’ici. Il suffit toutefois de penser aux</span><i><span style="font-weight: 400;"> Enfants du Sabbat</span></i><span style="font-weight: 400;"> de la grande Anne Hébert (Éditions du Seuil, 1975), par exemple, pour réaliser que le genre fait peut-être davantage partie du paysage littéraire québécois qu’on pourrait le croire au premier abord. L’intrigue de ce classique moderne se balance sur un fil tendu entre présent et passé, entre prières et maléfices, entre civilité et sauvagerie. Sa structure dichotomique n’est pas sans rappeler les caractéristiques du sous-genre qui nous intéresse. Comme dans le roman d’Anne Hébert et dans de nombreuses œuvres d’horreur inspirées par le folklore, le religieux occupe une grande place dans</span><i><span style="font-weight: 400;"> Le temps des sucres</span></i><span style="font-weight: 400;">. En effet, une seconde trame narrative se développe, en filigrane de la première, dans la correspondance d’un moine trappiste venu fonder une communauté religieuse dans l’arrière-pays vers le milieu du dix-neuvième siècle. L’ecclésiastique y raconte l’hostilité de la nature environnante, mais surtout les efforts fournis par les hommes de la congrégation pour la dompter. Ces derniers ont abattu les arbres, dessouché et épierré la terre, puis bâti une église au cœur de la forêt… Jusqu’à ce qu’un mal étrange – un mal venu des bois – commence à se répandre parmi les moines: « Il était clair que cette forêt sauvage n’entendait pas être évangélisée. »</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Comme le souligne l’écrivain Andrew Michael Hurley dans un article publié dans <i>The Guardian</i>, « il y a un prix à payer lorsqu’on dérange la terre<a href="#note1" id="appel1" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>1</sup></a> ». Selon lui, l’horreur, dans le sous-genre dont il est question ici, surgit souvent lorsque l’entente tacite existant entre une communauté et un lieu n’est pas respectée, lorsque l’équilibre entre donner et recevoir est rompu. Dans <i>Le temps des sucres</i>, les hommes de la famille Lacerte prennent sans jamais donner en retour. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur la mort d’un cerf dont la ramure s’est emmêlée dans les tubulures de l’érablière. L’animal pendu fait office de tribut, un sacrifice réclamé par la forêt, car « [comme] tout ce qui est précieux, le sirop d’érable requiert un prix de sang ». </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La journaliste Michelle Nijhuis affirme que, « dans le <i>folk horror</i>, la menace vient habituellement des profondeurs du passé ou des profondeurs de la terre, des atrocités qui ont été enfouies, des croyances qui ont été réprimées ou parfois même du territoire lui-même<a href="#note2" id="appel2" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>2</sup></a> ». Le genre s’ancre donc dans la culture locale, et c’est bien ce que Martine Desjardins réalise en plantant sa fiction dans un décor on ne peut plus québécois: une cabane à sucre. Le repas qui y est servi n’a cependant pas grand-chose à voir avec les traditionnelles fèves au lard ou les patates rissolées; il prend plutôt l’allure d’une Cène bacchanalesque. Ce repas ritualisé partagé entre hommes scelle le lien établi tout au long du roman entre les velléités évangélisatrices de nos ancêtres et l’arrogance traditionnellement associée à la virilité. À l’image du Vénérable, un érable géant dominant toute la forêt avoisinante, ou des premiers colons venus défricher la région, les hommes de la famille Lacerte sont de fiers conquérants. Ils dévorent à pleines dents le fruit de leurs chasses illégales en s’écriant : « Pourquoi manger des cosses quand on peut manger des gosses? » Le grand-père de Guillaume est par ailleurs taxidermiste à ses heures – une autre façon d’assujettir la forêt sauvage. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En renouant avec ses racines paternelles, Guillaume fait la découverte d’un monde ultramasculin. Des femmes de sa famille nouvellement trouvée, il ne connaitra que les tartes. Dans la maison du clan Lacerte, « ni rideaux, ni coussin, ni vase à fleurs » ne trahissent une quelconque présence féminine: « L’absence de photos rappelant les naissances ou les mariages d’êtres chers accuse un manque flagrant de sentimentalité. » La masculinité traditionnelle esquissée à gros traits dans le roman est de toute évidence caricaturale. Les hommes du clan Lacerte semblent grossiers et même brutaux. Leur milieu de vie, fait de motoneiges et de bars de danseuses, est décrit comme un désert culturel. Le regard ainsi posé sur les habitants des régions rurales peut paraitre peu flatteur, mais il ne faut pas oublier que, dans le <i>folk horror</i>, les stéréotypes sont des outils employés pour créer une tension narrative et instiller la peur. Ce procédé a été nommé <i>urbanoïa</i> – « paranoïa urbaine » – par la théoricienne de l’horreur Carol J. Clover<a href="#note3" id="appel3" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>3</sup></a> et peut se définir comme l’exploitation de la peur ressentie par les citadines et citadins face aux régions éloignées et à leurs habitantes et habitants. Le procédé, qui prend appui sur la peur de l’Autre, repose sur une dynamique selon laquelle les gens de la ville seraient « comme nous », tandis que les gens de la campagne sont présentés comme l’altérité dont il faut se méfier. En insistant sur le clivage culturel existant entre Guillaume et la famille de son père, l’autrice joue habilement avec les codes de l’horreur et s’en sert pour créer une satire de la masculinité. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’ailleurs, le personnage de Guillaume n’échappe pas non plus au cliché. S’il apparait plus sympathique que le reste de sa parenté, le modèle masculin qu’il incarne n’est pas non plus idéalisé. C’est un <i>intello</i>à la santé fragile, qui manque d’assurance et ne sait pas faire grand-chose de ses dix doigts. À l’image de la cabane dans les arbres de son enfance que son père absent ne s’est jamais donné la peine de terminer, la passation des savoirs virils est une œuvre inachevée en ce qui le concerne. D’abord partagé entre le mépris et l’envie face au manque d’inhibition des hommes de sa famille, Guillaume prend rapidement gout à la liberté qu’autorise la camaraderie masculine. Il apprend à cracher, à <i>caler</i> sa bière et à <i>dépiauter</i> le gibier. Mais il finit aussi par découvrir à ses dépens que « l’émulation et la permissivité » favorisées par l’entre-soi peuvent rapidement faire dégénérer les choses. Et finalement, c’est dans ce huis clos surchargé en testostérone que naitra la véritable horreur à l’œuvre dans le roman. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le thème de la transmission des traditions développé au fil de l’histoire vient subtilement poser la question de notre héritage collectif. Au Québec, comme partout en Amérique, l’histoire du territoire est riche et complexe, empreinte d’une fierté entachée par une violence coloniale qu’on a tenté d’effacer, mais qui, toujours, menace de réapparaitre. Peut-être qu’au fond, ce qui nous effraie le plus, dans le silence des forêts ou la solitude des grands espaces, c’est de voir émerger les vérités que la vie moderne nous a permis d’oublier. Dans <i>Le temps des sucres</i>, la collecte d’eau d’érable constitue en soi un symbole fort. La tuyauterie tendue entre les arbres ne figure-t-elle pas une vaine tentative de harnacher le printemps, un filet visant à empêcher la sève du renouveau de sourdre de la terre? Le roman de Martine Desjardins agit comme un avertissement, un rappel que ce qu’on tente de réprimer finit toujours par se libérer, que les puissances endormies finissent toujours pas se réveiller. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">En abordant la masculinité toxique, les dérives de l’Église ou le pillage éhonté de nos ressources naturelles, Martine Desjardins n’hésite pas à toucher aux sujets qui font mal et prend peut-être même un malin plaisir à les <i>grattouiller</i> du bout de sa plume aiguisée. Mais malgré le sérieux des thèmes abordés, le roman, qui fait un peu plus d’une centaine de pages, demeure d’un abord facile. Et même si l’autrice emprunte à un sous-genre de l’horreur, le tout prend davantage l’allure d’un jeu stylistique. C’est avec beaucoup d’humour et un brin d’irrévérence que l’autrice déconstruit le patriarcat sur fond de rigodon, et ce, à notre plus grande satisfaction. Il est peut-être bon de mentionner que certains passages pourraient tout de même heurter les sensibilités de certaines personnes – cela demeure, après tout, un roman d’horreur. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Même si certains observateurs ou certaines observatrices, comme l’auteurice Payton McCarthy-Simas, annoncent la fin prochaine de cette période prolifique<a href="#note4" id="appel4" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>4</sup></a>, on constate que le <i>folk horror</i> connait une résurgence depuis le milieu de la décennie 2010, après avoir été repopularisé grâce à des films comme <i>The Witch</i>(Robert Eggers, 2015) ou <i>Midsommar</i> (Ari Aster, 2019). À ce titre, on peut affirmer que le roman dont il est question ici s’inscrit dans une mouvance actuelle. Dans son documentaire <i>Woodlands Dark And Days Bewitched: A History of Folk Horror</i> (2021), la réalisatrice Kier-La Janisse affirme que, dans ce genre de fiction, « l’idée du changement et de la peur que ce dernier peut instiguer est toujours centrale<a href="#note5" id="appel5" style="color: #595959 !important; line-height: 0.8 !important;"><sup>5</sup></a> ». Selon elle, nous nous racontons des histoires qui évoquent les rites anciens et les traditions parce que nous nous accrochons au passé mais, ironiquement, ces histoires d’horreur inspirées par le folklore nous aident à nous adapter aux changements, lesquels sont inévitables. Selon les Lacerte, le sirop d’érable, qui « fait partie de notre identité nationale », doit rester pur. Mais on ne peut pas empêcher la marche du changement indéfiniment. Il est peut-être temps de nous départir de certaines de nos traditions, figées depuis trop longtemps comme de la tire qui nous colle aux doigts. <i>Le temps des sucres</i> de Martine Desjardins contribuera peut-être au dégel printanier que la société québécoise attend. Chose certaine, vous ne regarderez plus vos crêpes dominicales du même œil après l’avoir lu!</span></p>
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<p><span style="font-height: 400;">1. Traduction libre. HURLEY, Andrew Michael. « The New Folk Horror: Nature Is Coming To Kill You! », <i>The Guardian</i>, [en ligne], 31 octobre 2024. <a style="color: #595959 !important;" href="https://www.theguardian.com/books/2024/oct/31/horror-villain-nature" target="_blank" rel="noopener">https://www.theguardian.com/books/2024/oct/31/horror-villain-nature</a> . <a href="#appel1" id="note1" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
<p><span style="font-height: 400;">2. Traduction libre. NIJHUIS, Michelle. « In the Resurgence of Folk Horror, We Are the Villains », <i>Literary Hub</i>, [en ligne], 14 février 2022. <a style="color: #595959 !important;" href="https://lithub.com/in-the-resurgence-of-folk-horror-we-are-the-villains/" target="_blank" rel="noopener">https://lithub.com/in-the-resurgence-of-folk-horror-we-are-the-villains/</a> . <a href="#appel2" id="note2" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
<p><span style="font-height: 400;">3. CLOVER, Carol J. <i>Men, Women, and Chainsaws: Gender in the Modern Horror Films</i>, Princeton University Press, 1992. <a href="#appel3" id="note3" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
<p><span style="font-height: 400;">4. McCARTHY-SIMAS, Payton. « A24’s Folk Horror Boom and Bust », <i>The Brooklyn Rail</i>, [en ligne], avril 2022. <a style="color: #595959 !important;" href="https://brooklynrail.org/2022/04/film/A24s-Folk-Horror-Boom-and-Bust/" target="_blank" rel="noopener">https://brooklynrail.org/2022/04/film/A24s-Folk-Horror-Boom-and-Bust/</a>. <a href="#appel4" id="note4" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
<p><span style="font-height: 400;">5. Traduction libre. <i>Woodlands Dark And Days Bewitched: A History of Folk Horror</i>, [enregistrement video], réalisatrice : Kier-La Janisse, Los Angeles (Californie, États-Unis), Severin Films, 2021, DVD (192 minutes). <a href="#appel5" id="note5" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
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