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	<title>Martine Delvaux | Nuit Blanche</title>
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	<description>revue des littératures francophones</description>
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	<title>Martine Delvaux | Nuit Blanche</title>
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		<title>L’amour est résistance</title>
		<link>https://nuitblanche.com/lamour-est-resistance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emmanuelle Lescouet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Mar 2026 14:18:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques Web]]></category>
		<category><![CDATA[Charlie Bourgeois]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Martine Delvaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Le monde est à toi de Martine Delvaux est un essai qui avance par fragments, entrelaçant des souvenirs qui sculptent l’avenir, des listes et des citations. On y navigue, un souhait ou un conseil à la fois, comme autant de tentatives pour dire l’amour, le penser, le transmettre. La voix de Delvaux se mêle à d’autres : à des héritages de femmes, à des échos du passé, et à des récits collectifs, faisant de ce livre un espace de dialogue entre l’intime et le politique. Cette manière d’écrire par fragments, en faisant dialoguer sa propre voix avec d’autres, s’inscrit pleinement dans le style de Martine Delvaux. On retrouve également cette approche dans Pompières et pyromanes et dans Je n’en ai jamais parlé à personne. D’un livre à l’autre, elle privilégie une écriture du morcellement, où ce qui commence par des voix intimes et des récits personnels finit par avoir une portée largement partagée. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="et_pb_section_1 et_pb_section et_section_regular et_block_section">
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<div class="et_pb_text_3 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module titre-critique titre-ouvrage nom-auteur"><div class="et_pb_text_inner"><p><span class="titre-critique" id="titre-critique">L’amour est résistance </span><br />
par <span class="nom-auteur" id="contributeur-critique">Charlie Bourgeois</span></p>
<p><span class="titre-ouvrage" id="titre-ouvrage">Le monde est à toi </span>  de <span class="nom-auteur" id="nom-auteur">Martine Delvaux</span>, illustré par <span class="nom-auteur" id="nom-auteur">Catherine Gauthier</span></p>
</div></div>
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<div class="et_pb_image_1 et_pb_image et_pb_module et_block_module"><span class="et_pb_image_wrap"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" src="https://i0.wp.com/nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/02/9782898222337_large.webp?resize=1080%2C1528&#038;ssl=1" title="9782898222337_large" width="1080" height="1528" srcset="https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/02/9782898222337_large.webp 1272w, https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/02/9782898222337_large-980x1387.webp 980w, https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2026/02/9782898222337_large-480x679.webp 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) 1272px, 100vw" class="wp-image-3151" /></span></div>

<div class="et_pb_text_4 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module details"><div class="et_pb_text_inner"><div class="details">
<p><small style="font-size: 80%;">Date de parution</small><br />
<span id="date-parution">4 mars 2026</span></p>
<p><small style="font-size: 80%;">Éditeur</small><br />
<span id="éditeur">Héliotrope</span></p>
<p><small style="font-size: 80%;">Critique publiée le</small><br />
<span id="éditeur">1<sup>er</sup> mars 2026</span><br />
<span> </span><br />
<span> </span></p>
</div>
</div></div>
</div>

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<div class="et_pb_text_5 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module"><div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;"><i>Le monde est à toi</i> de Martine Delvaux est un essai qui avance par fragments, entrelaçant des souvenirs qui sculptent l’avenir, des listes et des citations. On y navigue, un souhait ou un conseil à la fois, comme autant de tentatives pour dire l’amour, le penser, le transmettre. La voix de Delvaux se mêle à d’autres : à des héritages de femmes, à des échos du passé, et à des récits collectifs, faisant de ce livre un espace de dialogue entre l’intime et le politique. Cette manière d’écrire par fragments, en faisant dialoguer sa propre voix avec d’autres, s’inscrit pleinement dans le style de Martine Delvaux. On retrouve également cette approche dans <i>Pompières et pyromanes</i> et dans <emiJe n’en ai jamais parlé à personne</i>. D’un livre à l’autre, elle privilégie une écriture du morcellement, où ce qui commence par des voix intimes et des récits personnels finit par avoir une portée largement partagée.</p>
<p style="font-weight: 400;">Que signifie aimer en féministe ? Comment penser le féminisme à partir de l’amour ? Comment transmettre, protéger, aimer sans posséder, et inscrire l’amour dans un combat commun ?</p>
<p style="font-weight: 400;">Martine Delvaux tente de répondre à ces questions en posant un regard de mère-féministe, en s’appuyant sur son expérience personnelle d’amour pour sa fille et sur son fidèle engagement dans le combat pour l’égalité. Elle tisse habilement un dialogue puissant entre les époques et les luttes, en mettant de l’avant des voix marquantes, inspirantes, incontournables. De Marguerite Duras à Sara Ahmed, de Martin Luther King à Virginia Woolf, de bell hooks à Toni Morrison, en passant même par Beyoncé, ces références montrent que les combats qui sont menés depuis des décennies sont loin d’être achevés et qu’il appartient à chacun·e d’entre nous de poursuivre ce qui a été entamé. Ancré dans les discours de ces figures dont l’écho traverse le temps, <i>Le monde est à toi </i>cherche des réponses pour l’autrice elle-même, pour sa fille, pour nous, lecteur·rice·s, et pour l’avenir, un avenir indissociable de la justice sociale. En ce sens, le fil conducteur de l’œuvre est l’amour de l’autre et le désir puissant de protéger la différence pour en faire une force collective.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il s’agit d’une exploration intime de la posture de Martine Delvaux en tant que mère, féministe, amoureuse du monde et de la vie. En effet, elle y explore ses désirs, ses instincts et ses rêves, tous centrés sur son aspiration à être à la fois une bonne mère, une personne socialement engagée, une amante attentive et une professeure accomplie. Ses instincts prennent parfois la forme de listes : conseils, demandes, choses à faire, à ne pas dire, à ne pas reproduire pour devenir la meilleure version d’elle-même, pour guider son enfant vers une posture de bienveillance et d’engagement.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le livre est également enrichi par les illustrations de l’artiste Catherine Gauthier. Un peu plus d’une quinzaine d’images viennent ponctuer le récit, compléter et illustrer les propos de Delvaux. Grâce à son trait précis, le style très réaliste de Catherine Gauthier se distingue par un travail attentif des lignes, des textures et des contrastes. Réalisées au crayon, en noir et blanc, les illustrations sont riches de détails et rendent le texte plus vivant. Elles font en sorte qu’il s’imprègne encore plus profondément en nous. La combinaison des mots et des images rend l’expérience de lecture particulièrement marquante et percutante.</p>
<p style="font-weight: 400;">&nbsp;</p>
<h3 style="font-weight: 400;"><strong>Féministe </strong></h3>
<p style="font-weight: 400;">Les féministes et les mères-féministes ont un impact réel sur l’avenir du monde et de leurs enfants. Les gestes posés par ces femmes façonnent concrètement l’avenir du monde.</p>
<p style="font-weight: 400;">Delvaux le rappelle en donnant l’exemple marquant du 24 octobre 1975 en Islande, où 25 000 femmes se sont réunies pour protester contre les inégalités économiques entre les genres. Cinq ans plus tard, le pays élisait la première femme présidente au monde. « Il faut les grèves des femmes pour s’opposer à la non-mixité du monde dans lequel on vit. » (p. 57), nous dit Delvaux. Elle insiste toujours sur le fait que le féminisme n’est pas un mouvement contre les hommes. Il s’agit plutôt de créer des espaces non mixtes pour reprendre la parole, reprendre le contrôle du récit, de notre histoire, pour être vues, entendues, et, peut-être, enfin écoutées. Être féministe, c’est vouloir apprendre et comprendre, tenter de saisir la complexité du monde pour le rendre toujours plus juste.</p>
<blockquote>
<p style="font-weight: 400;">« Être féministe, ce n’est pas, comme certains individus se plaisent à le caricaturer, se complaire dans une position de victime. Être féministe, c’est être vigilante, curieuse et à l’affût, critique et soupçonneuse des discours dominants. C’est regarder derrière pour voir devant et continuer à rêver, par des paroles et des gestes militants, un monde plus tolérable, un monde où l’on vivrait mieux. » (p. 73)</p>
</blockquote>
<p style="font-weight: 400;">Vraisemblablement, le féminisme traverse toutes les sphères de sa vie. Martine Delvaux choisit de « découvrir et protéger la différence au lieu de chercher à l’amalgamer » (p. 111), et elle le fait avec douceur, ouverture et bienveillance. La reconnaissance des différences ne divise pas, non, elle rassemble et transforme plutôt la diversité en force collective.</p>
<p style="font-weight: 400;">&nbsp;</p>
<h3 style="font-weight: 400;"><strong>Mère</strong></h3>
<p style="font-weight: 400;">Son rôle en tant que mère-féministe est clair : faire en sorte que le féminisme devienne une évidence, un socle, un point de départ. Que son enfant puisse choisir « le féminisme plutôt que la discrimination, le sexisme, la misogynie. » (p. 133) C’est ce qu’elle transmet volontairement, authentiquement, à sa fille, « la fille postféministe d’une mère féministe. » (p. 133)</p>
<p style="font-weight: 400;">À la page 46, on retrouve une image représentant une femme adossée à un test de grossesse géant. À une extrémité du test, figure une boussole, et à l’autre, une grenade. Cette image d’antithèse met en scène une conception profondément binaire de la maternité : « avoir un enfant donne tout son sens à la vie, […] [ou] détruit la vie » (p. 45). Cette vision extrême, encore largement répandue dans l’imaginaire collectif, est remise en question par Martine Delvaux.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour elle, la maternité est plus complexe : elle doit être un désir, et non une obligation ou un simple rite de passage. Delvaux ne glorifie pas la maternité comme apogée de la féminité, mais elle ne la condamne pas non plus au nom, par exemple, de l’égalité d’accès au travail ou au pouvoir.</p>
<p style="font-weight: 400;">Est-ce que ne pas avoir d’enfant est un acte féministe ou en avoir un·e l’est davantage ? Elle refuse de choisir. Elle a eu une enfant, et elle l’aime. Cette enfant est le centre de sa vie, mais pas « le cœur de son identité » (p. 86).</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est précisément à partir de cette position nuancée que Delvaux pense et habite sa maternité au quotidien. Dans son rôle de mère, elle juge essentiel de nommer les réalités afin de les comprendre et de les accepter. Il faut nommer pour saisir la diversité du monde et des expériences, pour déconstruire les préjugés, et pour offrir une nouvelle grammaire du monde à son enfant afin que cette dernière puisse lire la réalité autrement. Comprendre, accepter, aimer.</p>
<p style="font-weight: 400;">Être féministe implique aussi de reconnaitre sa position de privilège : « J’ai la peau blanche, j’ai fait des études avancées, je suis professeure d’université, je fais partie de cette tranche de la société qui ne manque de rien et dont les souffrances demeurent les souffrances des privilégiés. » (p. 66)</p>
<p style="font-weight: 400;">Être une mère féministe, c’est également transmettre cette conscience à son enfant. Cette posture se déploie dans l’une des listes de choses à faire absolument :</p>
<blockquote>
<p style="font-weight: 400;">« Te rappeler qui tu es : blanche, née avec un corps en plutôt bonne santé, dans une famille de classe moyenne, sur un territoire où vivaient des peuples déjà et que tes ancêtres d’Europe ont colonisés. Te rappeler que, malgré tous les écueils, tous les dangers, tous les risques, tout ce dont tu pourrais être privée, il reste que tu es privilégiée. » (p. 52)</p>
</blockquote>
<p style="font-weight: 400;">Martine Delvaux explore le féminisme et la maternité comme des espaces d’amour inconditionnel qui dépassent largement la relation mère-enfant. Être féministe et mère, c’est apprendre à son enfant à reconnaitre ses privilèges afin de l’amener à soutenir et à respecter tout le monde, quel que soit le genre, l’origine ethnoculturelle, l’orientation sexuelle ou l’histoire de chacun·e. Être féministe, c’est reconnaitre que tout le monde mérite d’exister, d’être entendu et validé, et que la force réside dans le collectif. Et être mère et féministe, c’est le transmettre.</p>
<p style="font-weight: 400;">À travers son rôle de mère, Delvaux enseigne des valeurs de solidarité et de justice sociale. Elle participe donc à rendre le monde plus juste et plus bienveillant : « Il faut s’opposer sans cesse aux dominations et aux inégalités. » (p. 72) et « défendre toutes les vies » (p. 76). Transmettre ces valeurs à son enfant fait de la maternité un acte profondément politique et humaniste. Dans cette perspective, Delvaux suggère que la réflexion sur le féminisme s’inscrit dans un horizon plus large, celui de l’humanisme : apprendre à agir avec et pour les autres permet de construire un monde plus juste et solidaire. En ce sens, reconnaitre l’humanité en chacun·e implique aussi d’accepter la nôtre avec nos peurs et notre fragilité. Delvaux met en avant la force collective et l’importance de prendre sa place dans le monde tout en respectant celle des autres. Elle nous invite à réfléchir sur la question du féministe en tant que valeur fondamentale. Se pourrait-il qu’être féministe, ce soit défendre le droit à la vie, à la dignité ainsi qu’à l’égalité de traitement qui revient à tout le monde ? Lutter pour le féminisme, ce serait défendre les droits de la personne les plus essentiels.</p>
<p style="font-weight: 400;"><i>Le monde est à toi</i> nous invite à réfléchir sur notre place dans le monde en nous poussant à ouvrir le dialogue et à créer des espaces d’égalité et de bienveillance. À chaque geste que l’on pose et à chaque choix que l’on fait au quotidien, nous pouvons participer à bâtir un monde plus juste. Delvaux termine le livre par une liste de conseils, de demandes et d’injonctions adressées à sa fille en l’invitant à se tenir debout, à trouver sa place dans le monde, ce monde qui est à elle autant qu’à nous, qu’à vous, qu’à elleux. Ce monde qu’elle a le droit d’occuper pleinement, simplement parce qu’elle le mérite en tant qu’être humaine.</p>
<p style="font-weight: 400;">Réfléchir, découvrir, agir, écouter : ce sont des actes d’amour. Un amour qui protège, qui élève, qui rassemble. Le monde est à nous.</p>
</div></div>
</div>
</div>
</div>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Là où brule la colère, s’allume la solidarité</title>
		<link>https://nuitblanche.com/la-ou-brule-la-colere-sallume-la-solidarite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emmanuelle Lescouet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Oct 2025 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques Web]]></category>
		<category><![CDATA[Charlie Bourgeois]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Martine Delvaux]]></category>
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					<description><![CDATA[L'œuvre "Pompières et pyromanes" de Martine Delvaux explore la dualité du feu comme symbole de révolte et de destruction, tout en mettant en lumière les luttes féministes intersectionnelles. À travers une approche poétique et engagée, elle appelle à l'éveil collectif face aux injustices sociales et environnementales, encourageant chacun à cultiver son feu intérieur.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="et_pb_section_3 et_pb_section et_section_regular et_block_section"><div class="et_pb_row_6 et_pb_row et_block_row"><div class="et_pb_column_9 et_pb_column et_pb_column_4_4 et-last-child et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough"><div class="et_pb_text_9 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module titre-critique titre-ouvrage nom-auteur"><div class="et_pb_text_inner"><p><span class="titre-critique" id="titre-critique">Là où brule la colère, s’allume la solidarité</span><br />
par <span class="nom-auteur" id="contributeur-critique">Charlie Bourgeois</span></p>
<p><span class="titre-ouvrage" id="titre-ouvrage">Pompières et pyromanes</span>  de <span class="nom-auteur" id="nom-auteur">Martine Delvaux</span></p>
</div></div></div></div><div class="et_pb_row_7 et_pb_row et_pb_row_1-4_3-4 et_block_row et_block_row_1-4_3-4"><div class="et_pb_column_10 et_pb_column et_pb_column_1_4 et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough"><div class="et_pb_image_3 et_pb_image et_pb_module et_block_module"><span class="et_pb_image_wrap"><img data-recalc-dims="1" decoding="async" src="https://i0.wp.com/nuitblanche.com/wp-content/uploads/2025/10/pompieres-pyromanes-delvaux.jpg?resize=1080%2C1468&#038;ssl=1" width="1080" height="1468" srcset="https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2025/10/pompieres-pyromanes-delvaux.jpg 1572w, https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2025/10/pompieres-pyromanes-delvaux-1280x1740.jpg 1280w, https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2025/10/pompieres-pyromanes-delvaux-980x1332.jpg 980w, https://nuitblanche.com/wp-content/uploads/2025/10/pompieres-pyromanes-delvaux-480x653.jpg 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) and (max-width: 1280px) 1280px, (min-width: 1281px) 1572px, 100vw" class="wp-image-2711" title="pompieres-pyromanes-delvaux" /></span></div><div class="et_pb_text_10 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module details"><div class="et_pb_text_inner"><div class="details">
<p><small style="font-size: 80%;">Date de parution</small><br />
<span id="date-parution">21 septembre 2021</span></p>
<p><small style="font-size: 80%;">Éditeur</small><br />
<span id="éditeur">Héliotrope</span></p>
<p><small style="font-size: 80%;">Critique publiée le</small><br />
<span id="éditeur">29 octobre 2025</span><br />
<span> </span><br />
<span> </span></p>
</div>
</div></div></div><div class="et_pb_column_11 et_pb_column et_pb_column_3_4 et-last-child et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough"><div class="et_pb_text_11 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module"><div class="et_pb_text_inner"><p><span style="font-weight: 400;">Le feu peut faire peur autant qu’il peut être réconfortant. Regarder les flammes danser dans un foyer demeure l’une des plus belles activités qui soient, bien que le feu puisse aussi incarner nos pires cauchemars. C’est sans doute en raison de ce contraste fascinant que le champ lexical du feu et les expressions qui y sont associées forment un réservoir presque inépuisable qui nourrit notre imagination depuis toujours et qui permet de nous imaginer la destruction, la passion et la révolte.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Martine Delvaux, écrivaine fondamentalement animée par le désir et la recherche de justice sociale, attise le feu de la révolte pour éveiller, provoquer et questionner son lectorat, autant sur le plan collectif que personnel, en l’invitant à prendre conscience de la complexité des luttes féministes et de la nécessité d’écouter les voix marginales. Elle mène un combat intersectionnel<a href="#note1" id="appel1"><sup style="color: #595959; line-height: 1;">1</sup></a> où s’entrecroisent les luttes féministes, écologistes et décoloniales, et donne la parole aux opprimé·es, aux personnes subissant des oppressions multiples et des exclusions, et ce même au sein des luttes féministes qui se veulent unifiantes et universelles. Elle brule dans le feu de la révolte féministe et nous y entraine avec ses mots. </span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h1><b>Attiser le feu sacré </b></h1>
<p><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes, </span></i><span style="font-weight: 400;">publié chez Héliotrope, est un essai mélangeant poésie, réflexion féministe intersectionnelle et décoloniale, correspondance épistolaire entre une mère et sa fille, réflexion sur la maternité et analyse écoféministe. Il met de l’avant la figure du feu comme métaphore de la révolte et de la destruction, mais aussi de la régénération. L’œuvre est un amalgame de passé, de présent et de futur, dans lequel la temporalité et les personnages sont éclatés. </span><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes </span></i><span style="font-weight: 400;">ne suit pas un récit linéaire, mais avance à un rythme effréné par associations d’idées, de références, d’images, toutes obsédantes pour Martine Delvaux. Pour elle, l’inspiration est partout. Elle s’inspire de discours, de films, de musique, d’articles, de livres pour filer sa propre pensée. Les voix s’entrecroisent et communiquent dans ce texte écrit en un seul chapitre, où les idées s’enflamment et s’enrichissent mutuellement. Dans tout le texte, l’autrice adopte une voix intime, presque confessionnelle, où elle explore ses propres obsessions, colères, blessures et espérances, rejoignant celles des autres femmes. Il opère dans cette œuvre un glissement vers la fluidité d’un monologue intérieur qui se déploie dans une pensée incarnée, intime, à travers une voix qui s’adresse autant à elle-même qu’à son lectorat. D’ailleurs, pendant la lecture, la transformation s’opère moins chez les personnages que chez le lectorat à cause de la manière dont le texte se construit : il nous amène à repenser notre rapport au monde et notre place dans celui-ci. </span></p>
<p><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;"> s’ancre dans une réalité plurielle, mettant en lumière des connaissances sur le feu issues à la fois des savoirs ancestraux autochtones et des enjeux modernes, parfois terrifiants.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’un côté, le brulis ou feu dirigé consiste à contrôler le feu pour favoriser la régénération des sols, des plantes et de la faune. Il s’agit d’une pratique brillante pour prévenir les feux de forêt catastrophiques en réduisant la matière combustible. Par chance, elle est, semble-t-il, de plus en plus étudiée et intégrée dans les pratiques modernes de foresterie durable et de conservation, surtout en Amérique du Nord.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’un autre côté, le feu, de nos jours amplifié par les activités humaines et le réchauffement climatique, peut devenir terriblement destructeur, allant jusqu’à provoquer des catastrophes écologiques ou sociales qui échappent à tout contrôle.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette oscillation entre les pratiques pour contrôler le feu et l’incontrôlable incendie fait bien écho à la manière dont Delvaux s’approprie ce symbole. Pour elle, le feu dépasse la dimension matérielle et incarne une métaphore des luttes sociales. Dans son essai, Martine Delvaux élabore une critique de la société actuelle à travers les yeux de deux figures improbables, atypiques et symboliques à la fois : les pompières et les pyromanes.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’abord les pompières. Leur mission est évidemment d’éteindre les feux. Ici, ces feux représentent les oppressions quotidiennes vécues par les femmes de différentes sphères de la société, à travers divers groupes issus de multiples intersections. Elles incarnent la vigilance, la résistance et la protection devant les dangers qui menacent la liberté, l’égalité, la sécurité, l’inclusion et le bien-être.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ensuite, les pyromanes. Ce nom épicène vient du grec </span><i><span style="font-weight: 400;">pyro</span></i><span style="font-weight: 400;">, « feu » et </span><i><span style="font-weight: 400;">manie</span></i><span style="font-weight: 400;">, « folie ». Les folles et les fous du feu. Les pyromanes (ici entendu au féminin) cultivent leur feu intérieur, le feu sacré du militantisme pour la justice sociale, tandis que les pyromanes (ici entendu au masculin) oppressent, jugent, pointent du doigt, brulent au bucher les braves pompières enflammées. Celles-là mêmes qui éteindront éventuellement les flammes, avec sang-froid (ou chaud)!</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Remarquez le cercle vicieux dans lequel Delvaux nous entraine : c’est un feu qui se nourrit de feu, où les dilemmes entre éteindre ou allumer les flammes, être pompière ou pyromane, s’entrelacent en de dangereux jeux qui reflètent parfaitement la complexité des luttes écoféministes intersectionnelles.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Notez bien qu’on retrouve malgré tout une présence masculine positive dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;">. Il ne s’agit pas ici de condamner et de jeter le blâme sur les « méchants hommes », mais de rassembler les privilégiés, de les inviter à ouvrir la discussion et à renégocier leur place dans le monde pour donner de l’espace aux plus désavantagé·es. Je prends l’exemple du personnage de Patrick, qui, devant une crise violente, affirme qu’il préférerait mourir au service du bien commun que vivre en endossant des injustices immondes. Nous avons besoin de plus de Patrick dans ce monde.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h1><b>Entretenir la flamme </b></h1>
<p><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;"> contient un nombre incroyable de références intertextuelles. Martine Delvaux fait référence à une centaine de livres, de films, d’articles et de chansons. La fragmentation volontaire du discours peut causer une légère confusion dans les premières pages, mais on s’habitue très rapidement au rythme et au ton de l’autrice. Il est impressionnant de voir comment ces centaines de voix peuvent former un chœur qui véhicule et est au service d’un même message. En écrivant de cette manière, Martine Delvaux refuse les discours homogènes, faisant de l’hétérogénéité une force collective. Ce tissu collectif permet à l’autrice de partager avec les autres voix féministes le poids du message véhiculé. Cette accumulation de paroles militantes nourrit le texte en le transformant en un espace sécuritaire dans lequel la pensée s’établit de manière horizontale, où les discours communiquent entre eux et ne sont pas hiérarchisés. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Au sein de ce collectif, des militantes contemporaines de plusieurs horizons se côtoient, mais le portrait n’est pas complet. Certaines perspectives demeurent peu représentées dans ce chœur, notamment la vision autochtone. À travers cette tension entre tentative d'inclusion et oubli, Delvaux montre que même dans un texte qui se veut ouvert et inclusif, des silences persistent. Il faut alors crier encore plus fort. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">De ces silences émerge une invitation pour le lectorat à prendre la juste mesure de sa responsabilité individuelle quant à la préservation du monde, tout en soufflant sur les braises de la responsabilité collective. De fait, l’autrice exprime avec une honnêteté bouleversante le poids de sa propre imputabilité :</span></p>
<blockquote style="font-weight: 400;" font-weight:="" 400="">
<p>« Est-ce que j’aurais invité un enfant dans ce monde si j’avais été parfaitement consciente de ce qui était en train de se produire? Est-ce que j’aurais eu cet élan si j’avais su le coût que représentent les humains pour l’environnement? Est-ce que ta naissance devait nécessairement s’accompagner de mon aveuglement? Ce que je sais, c’est que tu es aux prises avec un monde que j’ai participé à fabriquer. Ce qui veut dire que j’ai participé, moi aussi, à le détruire. Ce qui veut dire que je dois participer à le sauver. » (p. 25)</p>
</blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Cette réflexion illustre la dualité entre conscience individuelle et action collective, et montre comment l’autrice met son propre vécu au service d’une prise de conscience plus large, incitant le lectorat à se questionner et à agir à son tour. Quand j’ai lu ce passage, j’ai tout de suite pensé à deux œuvres qui dialoguent avec <i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;">,</span> <span style="font-weight: 400;">puisqu’elles présentent toutes deux la maternité comme un choix politique. Il s’agit de la pièce </span><i><span style="font-weight: 400;">Lysis</span></i><span style="font-weight: 400;">, de Fanny Britt et Alexia Bürger, et du roman </span><i><span style="font-weight: 400;">Faire la romance</span></i><span style="font-weight: 400;">,</span> <span style="font-weight: 400;">de Sarah-Maude Beauchesne. Dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Lysis</span></i><span style="font-weight: 400;">, on retrouve l’idée que les femmes détiennent un pouvoir ultime : elles peuvent décider d’enfanter… ou non, de perpétuer la race humaine… ou non. Sarah-Maude Beauchesne, quant à elle, s’accorde le droit de défier le consensus social dictant aux femmes leur devoir d’être mère. En écrivant et en donnant à d’autres femmes la possibilité de se reconnaitre, elle revendique la liberté de décider d’avoir ou non des enfants, et, par le fait même, se positionne par rapport au diktat social qui impose la maternité. Dans les trois œuvres, l’expérience intime de la maternité n’est pas évoquée comme une donnée biologique, mais plutôt comme un vecteur servant à interroger le pouvoir des femmes sur l’avenir du monde. Plus précisément, dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;">, Delvaux se demande si enfanter dans un monde en crise n’est pas une forme de complicité de sa destruction. Dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Lysis</span></i><span style="font-weight: 400;">, les femmes prennent la parole collectivement pour rappeler qu’elles détiennent un pouvoir décisif sur l’avenir de l’humanité alors que, dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Faire la romance</span></i><span style="font-weight: 400;">, ce pouvoir est ramené à l’échelle individuelle et devient un acte de résistance intime face aux normes sociales. Cette résonance montre à quel point les œuvres s’inscrivent dans une constellation féminine féministe et qu’elles dialoguent entre elles. De plus, la pièce </span><i><span style="font-weight: 400;">Lysis </span></i><span style="font-weight: 400;">est effectivement citée quelques dizaines de pages plus tard, soulignant une fois encore le contrôle que les femmes ont sur l’avenir de l’humanité alors qu’elles ne détiennent que peu, voire pas de pouvoir sur le présent. </span></span></p>
<blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">« </span><i><span style="font-weight: 400;">Ils font le monde / Sans nous / Ils font mes lois / Sans nous / Mais il nous reste un pouvoir / à un pouvoir qu’on est les seuls à pouvoir exercer / À partir d’aujourd’hui / Nous refusons d’enfanter » </span></i><span style="font-weight: 400;">(p. 128) </span></p>
</blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Mais en réalité, la maternité est-elle un pouvoir ou un fardeau? </span></p>
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<h1><b>Combattre le feu par le feu </b></h1>
<p><span style="font-weight: 400;">Au printemps 2025, l’essai a pris vie sur scène dans une adaptation du Bureau de l’APA, connu pour ses productions atypiques et inattendues, présentée au Festival TransAmériques. La production se voulait radicalement inclusive. Elle a été jouée en français, était surtitrée en anglais et était interprétée en langue des signes québécoise afin que personne ne soit exclu·e. La scénographie plongeait le public dans un univers éclaté où une glissade monumentale dominait le plateau, symbole à la fois de la chute du monde et de la possibilité d’une renaissance. On y voyait défiler des corps en déséquilibre, oscillant entre abandon et résistance, ce qui rendait palpable la tension qui traverse tout le livre : la peur contre l’espoir; l’effondrement contre la reconstruction.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le choix de cette installation n’était pas anodin : elle provenait du collectif québécois BGL, reconnu pour ses œuvres engagées monumentales, ludiques et à la lisière de l’absurde qui détournent des objets du quotidien pour en faire des dispositifs critiques. Ici, la glissade mettait littéralement le public face à une dégringolade, mais ouvrait aussi la porte à l’idée qu’une régénération restait possible.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi, </span><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;"> met réellement de l’avant la cohabitation indissociable de la chute et de la remontée, de l’angoisse et de l’espoir. Cette tension se retrouve autant sur scène que dans le livre :</span></p>
<blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">« Nourrir le feu en toi, mon amour, c'est nourrir l'amour en même temps que la lutte, le lien en même temps que l'opposition, l'empathie, la compassion, le respect des autres en même temps que la colère, le désaveu et l'anarchie. C’est t’encourager, d'une manière ou d'une autre, à nourrir toi-même le feu, et s'il le faut, à l'ouvrir. » (p. 102)</span></p>
</blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Cet extrait résume entièrement l’esprit de l’œuvre. Le feu n’est pas seulement destructeur, il est moteur de révolte, de créativité et de solidarité. Il nous invite à cultiver nos passions et à nous engager collectivement pour transformer le monde tout en préservant les liens humains.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Portant ainsi le feu de la parole marginale, Martine Delvaux se veut une Cassandre moderne. Dans la mythologie grecque, Cassandre est une prophétesse condamnée à dire la vérité sans jamais être crue. Il y a ici un parallèle frappant avec le message écoféministe et intersectionnel de Martine Delvaux, non seulement dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;">, mais dans pratiquement toute son œuvre. Si Delvaux est invitée et écoutée dans l’espace public, son écriture reste cassandresque, puisqu’elle nous met en garde contre des menaces bien réelles qui se perpétuent, en l’occurrence l’effondrement écologique, le patriarcat qui perdure, les violences faites aux femmes. L’écrivaine se fait porteuse d’une parole qui dérange et qui alerte des dangers imminents. Tout comme Cassandre qui prédit la chute de Troie, Martine Delvaux prophétise des éventualités effroyables que beaucoup refusent de voir ou de croire. Delvaux, jugée très radicale, dérange. Mais il faut déranger pour activer le changement. La narratrice s’expose sans détour, ce qui provoque un sentiment d’urgence chez le lectorat : mâchoire serrée, mains moites, cœur battant. Ce faisant, une intensité émotionnelle incendiaire qui fait ressentir colère, douleur et passion se déploie pendant la lecture. Lire </span><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;">, c’est vivre une expérience cathartique. C’est ressentir la brulure de l’injustice. C’est aussi nourrir la flamme de la solidarité en soi et bruler d’envie de la propager autour de soi, tel·le un·e pyromane. </span></p>
<p><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;"> s’inscrit dans un contexte de mobilisation sociale intense et de prise de conscience accrue face à l’urgence climatique. En 2019, la grève mondiale pour le climat initiée par Greta Thunberg enflamme le Québec, déclenchant une mobilisation historique. Aujourd’hui, ce combat reste tout aussi urgent et enraciné dans notre quotidien. Préserver un avenir viable exige plus que jamais d’entretenir la flamme de la révolte collective. Il faut transformer notre indignation en actions concrètes pour garantir aux générations futures qu’elles hériteront d’un monde plus juste et plus durable.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’essai </span><i><span style="font-weight: 400;">Pompières et pyromanes</span></i><span style="font-weight: 400;"> est plus que jamais d’actualité, puisqu’il s’inscrit comme une œuvre rassembleuse, mobilisatrice et inspirante à un moment de l’histoire où l’extrême droite fait une (re)montée fulgurante. Dans ce contexte où le conservatisme revient à la mode, je crois qu’il est crucial de réitérer l’importance d’écouter les Cassandre modernes, celles qui dénoncent, préviennent et refusent de se taire qu’importe le prix.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’écriture poétique et engagée de Martine Delvaux nous entraine dans un tourbillon intérieur qui nous donne envie de hurler, de soupirer, de rire puis de pleurer en quelques secondes. On veut terminer notre lecture d’un trait et passer à l’action immédiatement. La capacité de l’autrice à faire ressentir l’urgence et à décloisonner les luttes est phénoménale. Delvaux tente de nous allumer pour qu’on se retrouve dans le feu de l’action en brulant d’envie de changer les choses, d’éteindre les braises des oppressions systémiques. Et je trouve qu’elle le fait avec brio!</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Enfin, deux constats : nul n’est égal devant la cruauté de la crise climatique, et les luttes pour la justice sociale ne sont guère homogènes. Effectivement, certains groupes restent invisibilisés, même au sein des mouvements marginaux. Mais « le problème, dit Martine Delvaux, ce n’est pas seulement le climat. » (p. 90)  Elle nomme l’écologie, l’environnement, la biodiversité, le capitalisme, le pouvoir, l’inégalité, la cupidité, la corruption, l’argent, le système et « [l’] incapacité à imaginer une autre façon de faire. »(p. 90) C’est ce qui représente le mieux, à mon avis, sa lutte intrinsèquement intersectionnelle, car elle touche tout le monde à différents degrés.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Chose certaine, Delvaux est davantage pyromane que pompière. Elle veille à ce que tout le monde cultive son feu intérieur et mette tout en œuvre pour l’allumer chez celleux qui n’en ont pas ou pour le rallumer chez celleux qui l’ont perdu avec le temps.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Delvaux invite ainsi à réfléchir sur la responsabilité intergénérationnelle :</span></p>
<blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">« Sommes-nous capables, nous qui vous avons invitées dans ce monde, de nous engager à ne pas vous éteindre : nourrir vos élans, cultiver vos passions, écouter vos demandes, accueillir vos exigences au lieu de vous faire taire de mille et une façons? » (p. 32) </span></p>
</blockquote>
<p><span style="font-weight: 400;">Et maintenant, à nous, collectivement, de trouver le moyen de canaliser ces flammes sans les étouffer. À nous de nous enflammer avec elle, afin de bruler les oppressions, de rallumer la solidarité et d’éclairer la voie vers un avenir plus juste.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avoir le feu au cul, être en feu, être dans le feu de l’action, quelque chose qui nous allume, jeter de l’huile sur le feu, bruler d’envie, rallumer la flamme, mettre sa main au feu, jouer avec le feu : autant d’images qui témoignent de la force évocatrice de ce symbole que Martine Delvaux ravive, alimente et réinvente avec virtuosité.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p><span style="font-weight: 400;"><b>1.</b> L’intersectionnalité doit être entendue ici comme étant le croisement, le chevauchement de plusieurs éléments qui rendent une personne marginale, hors de la norme patriarcale hétérosexuelle, blanche, cisgenre, riche, neurotypique, parlant la langue et pratiquant la religion de la majorité, etc. C’est-à-dire qu’en combinant les facteurs de marginalisation, on se retrouve dans l’intersectionnalité. Ainsi, être femme et autochtone, ou ne pas avoir de domicile fixe et être noire, être musulman et gay, être une personne âgée unilingue russe à Saint-Hyacinthe, ou encore être lesbienne, asiatique et en fauteuil roulant sont tous des exemples d’intersectionnalité. <a id="note1" href="#appel1" style="color: #595959;"><b>Retour</b></a></span></p>
</div></div></div></div></div>]]></content:encoded>
					
		
		
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