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Récits, romans, légendes…

L’enfant qui entreprend une carriére de liseur ou de lectrice (on n’ose dire liseuse) est vite sollicité par tous les genres littéraires. Au départ, le délire et la fantaisie servent d’appâts et font rire les enfants et sourire les adultes.
Très tôt, le conte se pointe le nez, puis les récits historiques, puis la sorcellerie, puis les intrigues policières, puis… À chacune et à chacun de brouiller cet ordre et de savourer à son gré tel genre littéraire avant tel autre.


Textes et illustrations


La formule a fait ses preuves : l’image et ses couleurs servent souvent d’antichambre à la lecture. Le texte consent à partager la vedette, en attendant d’occuper plus de place. Dans ce genre hybride, certains personnages reviennent et s’efforcent de se renouveler. Parfois ils y parviennent, parfois ils déçoivent. Ainsi, Compte tes sous, Mathieu !1 ramène un personnage dont les rêves ont beaucoup fait rire, mais qui, cette fois, déroute sans vraiment séduire. Elvis, un familier lui aussi, garde mieux la forme. Qu’il danse2 ou se déguise3, l’ourson se donne en spectacle comme tout enfant aime le faire, agit à la fois comme amuseur et comme auditoire et répand la joie de vivre.

1. Allen Morgan et Michael Martchenko, Compte tes sous, Mathieu !, La courte échelle, 2001, 24 p. ; 7,95 $.
2. Jasmine Dubé et Roger Paré, Elvis aime danser, La courte échelle, 2001, 24 p. ; 7,95 $.
3. Jasmine Dubé et Roger Paré, Elvis se déguise, La courte échelle, 2001, 24 p. ; 7,95 $.


Savais tu?La collection « Chrysalide » que publie la maison Bouton d’or Acadie cherche encore sa voie. Le bon coexiste avec le vacillant. Monette, la tannante de petite puce1 apprivoise finement le monde de l’informatique et l’adapte aux possibilités de l’enfant. Saute, saute, c’est la fête2 recrée assez bien le monde des comptines que les enfants mémorisent et citent ensuite à tort et à travers. Il arrive cependant que l’inspiration tombe en panne et que le rythme fasse défaut. Dans Le ciel tombe3, la sottise est si largement répandue chez beaucoup d’animaux que le renard, seul à savoir calculer, a beau jeu de triompher. La partie est si inégale et la fin si prévisible que l’intérêt s’évapore.

1. Géraldine Saulnier-Cormier et Marc Landry, Monette, La tannante de petite puce, Bouton d’or Acadie, 2001, 32 p. ; 7,95 $.
2. Claudette Bourgeois-Richard et Denise Bourgeois, Saute, saute, c’est la fête, Bouton d’or Acadie, 2001, 24 p. ; 7,95 $.
3. Marguerite Maillet et Anne-Marie Sirois, Le ciel tombe, Bouton d’or Acadie, 2001, 24 p. ; 7,95 $.


Étonnamment, on trouve des disparités analogues entre certains albums du Raton Laveur, une maison pourtant fiable et aguerrie. Mamie part en voyage1 accumule les calembours et les rimettes faciles à partir des noms de lieux, mais présente peu de trouvailles et manque parfois de goût. Le dessin, heureusement, compense. Pour l’amour d’une grenouille2 et Tout pour plaire à mon nouveau papa3 ramènent Le Raton Laveur à son niveau usuel de qualité. Dans le premier cas, le texte est étonnamment abondant, mais les métamorphoses sont si inhabituelles, le suspense si bien maintenu, les illustrations si minutieusement délirantes que l’ensemble est une réussite exemplaire. Dans le second cas, les gaffes exaspérantes et sympathiques se multiplient quand un enfant n’attend pas de comprendre les vœux de son nouveau papa pour chercher à les accomplir. Bruno St-Aubin est de retour avec des illustrations qui dispensent le texte de conclure lourdement.

1. André Hamelin et Benoît Laverdière, Mamie part en voyage, Le Raton Laveur, 2001, 24 p. ; 7,95 $.
2. Marie-Nicole Marchand et Bruno St-Aubin, Pour l’amour d’une grenouille, Le Raton Laveur, 2001, 24 p. ; 7,95 $.
3. Luc Durocher et Bruno St-Aubin, Tout pour plaire à mon nouveau papa, Le Raton Laveur, 2001, 24 p. ; 7,95 $.


La rencontre entre un personnage imprévisible et un dessin aux frontières du collage et du surréalisme fait des albums de Madame B de petites œuvres d’art. Que Madame B perturbe la vie de l’école1, qu’elle gaspille son dimanche à combattre l’inondation2 ou qu’elle visite le zoo3, le régal se répète. Humour fin, non-conformisme sûr de son bon droit, fantaisie intelligente.

1. Bénédicte Froissart et Mylène Pratt, Madame B à l’école, Les 400 coups, 2001, 32 p. ; 8,95 $.
2. Bénédicte Froissart et Mylène Pratt, Le dimanche de Madame B, Les 400 coups, 2001, 32 p. ; 8,95 $.
3. Bénédicte Froissart et Mylène Pratt, Madame B au zoo, Les 400 coups, 2001, 32 p. ; 8,95 $.


On retrouvera la même heureuse combinaison entre texte et dessin dans Alexis, chevalier des nuits. Le virage est un peu brusque qui transforme le fragile Alexis en Bayard sans peur et sans reproche. Peut-être l’enfant qui redoute le noir de la nuit hésitera-t-il à imiter ce courage subit. Mais le dessin est si jouissif et Alexis s’abandonne si volontiers à son nouveau sommeil qu’on souhaitera la même conversion instantanée à tous les petits peureux.

Andrée-Anne Gratton et Pascale Constantin, Alexis, chevalier des nuits, Les 400 coups, 2001, 32 p. ; 9,95 $.


Plus ou moins près de l’école

Pour toutes sortes de motifs, dont certains sont d’ordre purement pécuniaire, la préoccupation scolaire hante de nombreux éditeurs. Greffer des questions à une histoire, cela, j’imagine, peut valoir au livre d’être qualifié de manuel et de mériter une remise différente. L’opération s’effectue parfois sans entamer le plaisir de la lecture, parfois avec lourdeur et dans l’artifice.


Kankan le maléfique puise intelligemment dans le folklore africain de quoi raconter une histoire aux rebondissements incessants et initier à une autre culture. Les notions à assimiler sont si nombreuses et si riches que les questions surgissent d’elles-mêmes à la fin du livre.

Louis Camara et Béatrice Favereau, Kankan le maléfique, Hurtubise HMH, 2001, 80 p. ; 8,95 $.


Le petit lion (un autre !) fait sourire et apprendre, sans qu’un objectif nuise à l’autre. Même s’il ne terrorise ni le serpent, ni l’éléphant, ni la girafe, le petit lion a le droit, du fait qu’il a mangé une fleur, de se juger terrifiant. L’enfant retrouvera sans effort les mots-clés ou, s’il sait tricher, les images qui les contiennent. Très beau.

Collectif d’enfants (sous la dir. de L’ICEM – Pédagogie Freinet) et Cécile Geiger, Le petit lion, PEMF, 2000, non paginé.


On n’en dirait pas tout-à-fait autant du dernier-né de la série Anatole . Bien sûr, la sympathique famille de vampires procure toujours autant de plaisir au jeune lecteur par sa façon de décrire le plus sérieusement du monde un univers pourtant farfelu. Toutefois, l’effort pour justifier un nombre suffisant de questions en fin de volume provoque une dilution du récit et risque de tarir le plaisir.

Marie-Andrée Boucher Mativat et François Thisdale, Les enfants d’Anatole, Hurtubise HMH, 2001, 72 p. ; 8,95 $.


La veste noire a le mérite de combiner sans lourdeur la description d’un problème social et une intrigue policière alléchante. Une triste réalité envahit l’univers des jeunes, mais on leur laisse assez d’espace pour qu’ils sachent comment réagir. Le choix des questions ne s’effectue cependant pas avec le même naturel : à côté d’interrogations qui visent le texte lu, il s’en trouve qui sentent le didactisme. Yayo, dessinateur toujours inspiré, aide à créer l’atmosphère.

Évelyne Wilwerth et Yayo, La veste noire, Hurtubise HMH, 2001, 80 p. ; 8,95 $.


L’arbre à chaussettes suit le séduisant parcours de la fantaisie pendant la durée du récit, mais accumule ensuite les questions rattachées de plus ou moins près à l’histoire et les formule dans un registre plus sec. Dommage.

Alain Raimbault et Marc Mongeau, L’arbre à chaussettes, Hurtubise HMH, 2001, 72 p. ; 8,95 $.


On aimerait louer sans réserve Le crayon et le collier tant sont patentes les qualités du livre. L’analphabétisation est pour tant d’enfants une telle tragédie qu’on s’émeut de ne pouvoir la vaincre dans un plus grand nombre d’occasions. Le récit d’Angèle Delaunois est donc touchant autant que nécessaire. Les réticences ? Elles viennent de ce que le savoir offert soit constamment rattaché à l’Europe et que même les textes proposés aux jeunes curiosités africaines proviennent d’auteurs bien blancs et bien lointains. La sympathie ne fait pas de doute, mais la pédagogie confine à l’ethnocentrisme.

Angèle Delaunois et Daniela Zékina, Le crayon et le collier, Pierre Tisseyre, 2001, 48 p. ; 14,95 $.


Cette difficulté d’écrire en fonction de l’autre s’observe aussi dans le Larousse des jeunes. Autant, en effet, on apprécie qu’un dictionnaire destiné aux jeunes intègre les vertus d’un dictionnaire visuel et permette de partir de l’objet pour inventorier le vocabulaire qui le concerne, autant il est agaçant que les illustrations proviennent en trop d’occasions d’un contexte européen et ignorent les réalités nord-américaines. Agaçant, par exemple, de trouver l’image du hérisson, mais pas celle de la mouffette. De façon plus globale, le dictionnaire recourt à une pédagogie qui n’est pas sans défenseur, mais qui correspond de près à l’esprit du temps : l’exemple et le cas particulier passent avant la définition. Avec le risque, diront certains spécialistes, que la préséance accordée systématiquement à la mise en situation retarde le passage à la pensée abstraite. Il est vrai que Piaget situe autour de 11 ans la naissance de la pensée abstraite et que ce dictionnaire vise les 7/10 ans, mais le doute est permis.

Larousse des jeunes, Édition nord-américaine, 2000, 1 098 p. ; 29,95 $.


Allégo rit avec les jeunes propose aux jeunes une cinquantaine de textes courts. La rédaction est sobre, la compréhension rendue facile, les leçons aisément saisies. Selon une méthode qui ne souffre pas de variation, avec les avantages et les inconvénients de la stabilité, l’auteur utilise ces textes pour stimuler la réflexion et conduire le jeune lecteur à formuler ses propres solutions. Les thèmes ne sont peut-être pas assez diversifiés pour soutenir l’intérêt, mais demander à de jeunes cerveaux de trouver le pourquoi des comportements, ce n’est certes pas superflu.

Michel Dufour, Allégo rit avec les jeunes, Histoires magiques interactives, JCL, 2000, 152 p. ; 19,95 $.


Bien sûr, le monde animal

Il serait évidemment impossible de ne pas trouver dans une brassée de livres pour jeunes quelques titres animaliers. Le présent assortiment ne fait pas exception.


Terreur, le cheval merveilleux a plusieurs atouts en sa faveur. Le titre est suffisamment contrasté pour qu’on y lise le défi, le dessin est racé et dépayse à souhait, l’intrigue a les méandres et les surprises qui conviennent.

Martine Quentric-Séguy et Isabelle Charbonneau, Terreur, le Cheval Merveilleux, Pierre Tisseyre, 2001, 70 p. ; 7,95 $.


Fripouille confie à un jeune chien le soin d’exprimer un des grands malheurs de la vie : le sentiment d’être laid. La tristesse du chiot et la solitude de son jeune maître en feront des complices. Ils auront besoin de toutes leurs ressources pour abattre les résistances d’un grand-père grincheux. Quelques tournures artificielles n’empêchent pas l’émotion de s’exprimer avec conviction.

Pierre Roy et Alexandre Rouillard, Fripouille, Pierre Tisseyre, 2001, 70 p. ; 8,95 $.


Un amour de chat fait subir un test rigoureux à l’humour des jeunes lecteurs. Michel Lavoie, qui connaît bien son public, sait sans doute jusqu’où il lui est permis d’aller trop loin. Il use et abuse donc de cette latitude, multiplie les pirouettes et les calembours, se moque de tout le monde, lecteur et auteur compris. Il fait ainsi la démonstration, sous l’oeil un peu ahuri du lecteur adulte, que les jeunes rient davantage, pratiquent un humour différent et savent ne pas se braquer si la fantaisie impose sa loi au quotidien.

Michel Lavoie, Un amour de chat, L’Interligne, 2001, 110 p. ; 9,95 $.


Avec Chanel et Pacifique1, la fantaisie cède le pas à la facilité. L’écriture n’est plus jeune, mais infantile et négligée. Le dessin est frais, mais ne compense qu’à demi.

Deux titres signés Marie-Soleil ramènent la fantaisie au premier plan, mais ne maintiennent pas toujours l’écriture au meilleur palier. La petite vache d’or2 a la morale un peu lourde et les dialogues plutôt artificiels, mais certaines expressions particulièrement heureuses allègent le récit. La reine punk3 fait mieux au chapitre du naturel, mais démocratise un peu légèrement le mode de vie des abeilles et prend certaines libertés avec la langue (ramener au lieu de rapporter, même diapason…).

1. Dominique Giroux et Marie-Claude Favreau, Chanel et Pacifique, Pierre Tisseyre, 60 p. ; 7,95 $.
2. Marie-Soleil, La petite vache d’or, Guérin, 2001, 34 p. ; 4,95 $.
3. Marie-Soleil, La reine punk, Guérin, 2001, 54 p. ; 6,50 $.


Gare aux premières impressions

Maints auteurs misent sur la propension des jeunes à conclure avant d’avoir tout pris en compte : ils tendent le piège, laissent le lecteur y tomber et le mènent ensuite, avec plus ou moins de doigté, à un verdict plus nuancé. L’opération est souvent fort bien réussie.


Le magicien ensorcelé raconte un de ces cheminements. Le magicien Rapapipe fait surgir un personnage bien différent de celui qu’il avait prévu et que sa baguette devait créer. Rapapipe découvrira pourtant qu’une compagne généreuse et débrouillarde peut séduire autant et plus qu’une princesse. Les illustrations stylisent bellement le récit.

Christine Bonenfant et Béatrice Favereau, Le magicien ensorcelé, Pierre Tisseyre, 2001, 70 p. ; 7,95 $.


Un été abominable place rapidement le décor : Timothée, un jumeau malheureux et imprudent jusqu’à l’accident, qui le vouera à l’inaction et donc à l’ennui. Il passera des heures à soumettre toutes choses et, bien sûr, le voisin à l’examen de ses lunettes d’approche. Il verra ou croira voir, il dramatisera, il doutera de tout le monde, y compris de sa mère. Le dénouement permettra de vérifier si l’enquête de Timothée était suffisamment rigoureuse. Récit bien mené.

Diane Groulx et Jocelyne Bouchard. Un été abominable, Michel Quintin, 2001, 85 p. ; 8,95 $.


L’apport de Sylvain Trudel à la littérature destinée aux jeunes mérite toujours l’attention. L’écriture, fluide et poétique, habitue à la clarté et à l’élégance du propos. Les valeurs, à base de respect et d’ouverture à l’autre, contrastent heureusement avec celles de la concurrence à tout prix. L’amitié, toujours inattendue et presque toujours au rendez-vous, remodèle les horizons qui semblaient bouchés et confirme qu’il y a avantage à tendre la main.

Sylvain Trudel et Suzane Langlois, Un secret dans mon jardin, La courte échelle, 2001, 64 p. ; 8,95 $.


Pas de S pour Copernic marque l’entrée de l’excellent Jean Lemieux en littérature pour la jeunesse. Il y apporte sa curiosité, son art de bouger, son sens de la contestation intelligente. Il n’est pas certain que son François-Xavier soit toujours reposant à fréquenter, mais les jeunes aux innombrables questions gagnent ici un compagnon de route.

Jean Lemieux et Sophie Casson, Pas de S pour Copernic, La courte échelle, 2001, 64p. ; 8,95 $.


Coco Bonneau, le héros s’ouvre d’une manière bien déprimante pour le garçon que Laurent le costaud a choisi comme souffre-douleur. Que faudrait-il pour que la petite brute s’humanise ? Est-ce même pensable ? L’art de Caroline Merola sera de donner chair à ces espoirs avec beaucoup de tact et à la satisfaction de tout le monde.

Caroline Merola, Coco Bonneau, le héros, La courte échelle, 2001, 64 p. ; 8,95 $.


Adam est un autre de ces jeunes qui font face à rude concurrence au moment où ils tentent de prendre leurs dimensions. Caramela est aussi jolie que son nom, mais Zacharie faisait partie du décor bien avant qu’Adam envisage d’y entrer. Insoluble ? Mais non, puisque le hasard vole au secours d’Adam, l’emporte avec sa Caramela dans un tourbillon débridé, le ramène sur terre à temps pour éviter les reproches et les sanctions. C’est tout juste s’il est nécessaire, en terminant le récit, d’expliquer à Adam ce qu’est un coup de foudre. D’ailleurs, les illustrations de Steve Beshwati sont là pour montrer à quoi ressemble le bonheur.

Marie Décary et Steve Beshwaty, Un amour de Caramela, La courte échelle, 2001, 64 p. ; 8,95 $.


Magie et sorcellerie

Un survol de la littérature offerte aux jeunes se doit de faire escale au pays de la magie et de la sorcellerie. Hommage à Harry Potter et aux héros de Pullman, mais plus que cela.


La foisonnante série Rougemuraille, avec ses dizaines de titres, étonne de bien des façons. Les quatre tomes de la sous-série Salamandastron racontent les guerres féroces que se livrent les seigneurs blaireaux qui défendent leur forteresse et la horde sanguinaire qu’a rassemblée Ferrago l’Assassin, une belette dont les yeux bleus n’ont rien de romantique. Dès le départ, un plan fait voir le territoire litigieux ainsi que les voies d’accès. On en aura besoin, car les stratégies des deux camps en dépendent. Ce plan ne sera pourtant pas d’un grand secours quand certains personnages recourront, au plaisir probable de lecteurs français, à divers accents régionaux de l’Hexagone. Nul plan n’est nécessaire, en revanche, pour comprendre que tout ce beau monde (animal) considère la bouffe comme un plaisir jamais assouvi. La logique pourra s’estimer lésée lorsque le lièvre se comportera en guerrier courageux ou lorsque la taupe et l’écureuil s’enfuiront de conserve, mais qui prétend que la logique devait triompher ? Gare à ceux et celles qui tâteront de cette série : elle a la taille et la longueur d’une saga, comme elle en a souvent l’intérêt.

Brian Jacques, Salamandastron, t. 1 : Ferrago l’Assassin, 2000, 187 p. ; t. 2 : La fièvre du fossé tari, 2000, 192 p. ; t. 3 : Le serpentissime, 2000, 192 p. ; t. 4 : Mara de Rougemuraille, 192 p. ; trad. de l’anglais par Jacqueline Odin, Mango ; 7, 95 $ chacun.


Signalons, dans cet accueillant créneau de la sorcellerie, un ouvrage qui se détache de l’orthodoxie, celui de Verrue-lente, consultante en maléfices. Ce qui étonne et pourrait plaire, ce n’est pas que la magie perde quoi que ce soit de ses droits, mais que la narratrice, audacieusement, morcelle en nouvelles autonomes ce qui aurait pu n’être qu’un seul et unique récit. Le lecteur en acquiert une liberté renouvelée, l’auteure échappe à certaiines contraintes. Malheureusement, malgré le côté assez sympathique de la sorcière consultée, on doit déplorer l’imprécision des citations, un humour mal contrôlé, une exploitation mal tempéré de la chanson populaire.

Claire Daignault, Verrue-lente, consultante en maléfices, Pierre-Tisseyre, 2001, 118 p. ; 8,95 $.


Dérapages et réacrochages


Raymond Plante avait frappé trop juste dans son précédent récit pour échapper à l’obligation d’une suite. Jeff a pris goût aux voyages inexpliqués et Juliette n’a rien perdu de ce qui faisait sa vitalité. On continue donc à patrouiller l’inconnu, à s’imbiber d’hypothèses saugrenues, à passer, puisqu’il le faut, par la large boîte d’un instrument de musique pour aboutir dans un autre monde. Même si les règles applicables aux univers capricieux demeurent, par définition, d’application aléatoire, on ne se surprendra pas si la suite du Yellow Star, régie par des règles (presque) familières, ne suscite pas la même surprise. La maîtrise de Plante est toujours manifeste, mais une certaine routine menace.

Raymond Plante et Christine Delezenne, Les rats du Yellow Star, La courte échelle, 2001, 96 p. ; 8,.95 $.


Anne-Marie Fournier respecte les règles non-écrites de la littérature à fort indice de mystère. Elle tire bon avantage de l’étroite parenté que crée l’âge entre une jeune auteure et son auditoire, mais le récit vaut davantage comme promesse que comme résultat immédiat. La langue, parfois plus juvénile que correcte, est par trop portée aux « hyper » et aux « super » qui révèlent surtout les déficiences du vocabulaire.

Anne-Marie Fournier, Mystères et chocolats, L’Interligne, 2001, 84 p. ; 8,95 $.


Le Maxime qui s’agite dans Le mystère des nuits blanches appartient à la race des chercheurs. S’il ne dort pas la nuit, mais n’en éprouve aucun inconvénient, cela mérite enquête. Peu lui importe que les scientifiques adultes aient déclaré forfait, lui trouvera l’explication. De fait, son enquête respecte les meilleures règles du genre : elle satisfera à la fois le besoin qu’éprouvent les contemporains de Maxime de tout expliquer et celui qu’ils ressentent de trouver avant les adultes.

Andrée-Anne Gratton et Leanne Franson, Le mystère des nuits blanches, Pierrre Tisseyre, 2001, 80 p. ; 7,95 $.


Deux titres de la même maison d’édition ramènent en arrière, l’un à une tragédie dûment documentée, l’autre à un classique de la littérature américaine.La dernière nuit de l’Empress of Ireland1 offre à Josée Ouimet l’occasion de reconstituer, de façon fort rigoureuse d’ailleurs, un naufrage dont l’ampleur n’a rien à envier au drame du Titanic. Rude journée pour Robin2, de son côté, reprend en termes juvéniles le thème de Rip Van Winkle. Même si le cinéma a maintes fois décrit le désarroi de celui qui se réveille dans une époque autre que la sienne, Susanne Julien sait mettre ce dépaysement classique à la portée des jeunes lecteurs et doser fort délicatement la peur nécessaire et la confiance souhaitable.

1. Josée Ouimet et Élisabeth Eudes-Pascal, La dernière nuit de l’Empress of Ireland, Pierre Tisseyre, 2001, 150 p. ; 8,95 $.
2. Susanne Julien et Bruno Saint-Aubin, Rude journée pour Robin, Pierre Tisseyre, 2001, 140 p. ; 8,95 $.


François Beiger colle de plus près encore au vérifiable. Quiconque aime la nature et les animaux savourera ces deux comptes rendus qui tiennent du reportage plus encore que du roman d’aventures : un Européen fait avec rigueur et ouverture d’esprit l’apprentissage du Grand Nord et du cométique. Même si le décalage demeure patent entre, d’une part, le parler québécois et, d’autre part, la compréhension qu’en retient Beiger, les deux récits sonnent vrai. Peut-être goûtera-t-on davantage encore les dons de dessinateur animalier de Philippe Mignon. Ses chiens de trait sont, en effet, d’une vérité exemplaire. Pour des motifs qui échappent à toute justification, ces deux ouvrages ne sont pas paginés.

François Beiger et Philippe Mignon, La route de Nimipi et La vallée des caribous, Bilboquet, 2000,112 p. chacun ; 12,95 $.


Et encore du mystère et de l’aventure


La piraterie occupe peut-être moins d’espace qu’autrefois dans l’imaginaire des jeunes, mais s’il n’en tient qu’à Danielle Marcotte cela devrait bientôt rentrer dans l’ordre. Son récit, plein de rebondissements, axé sur des personnages très typés, garde l’attention en éveil et même en état d’inquiétude jusqu’à la fin. Les ingrédients classiques sont au rendez-vous, depuis le trésor caché jusqu’à l’embarquement clandestin, mais l’excellente écriture trouve moyen de les renouveler.

Danielle Marcotte et Bernard Duchesne, La terreur des mers, La courte échelle, 2001, 96 p. ; 8,95 $.


Avec Chante pour moi, Charlotte, on entre dans le monde de la maladie, de la mort annoncée, du deuil. Mais on y trouve surtout l’amitié et la tendresse. Marthe Pelletier ose décrire la vie comme elle se présente parfois, cruelle et implacable, mais elle veille à ce que la sérénité accompagne l’émotion. Les illustrations participent de la même atmosphère.

Marthe Pelletier et Rafael Sottolichio, Chante pour moi, Charlotte, La courte échelle, 2001, 96 p. ; 8,95 $.


Frédérick Durand nous entraîne à la suite de Marie l’amnésique dans un monde insolite. D’étranges logiques s’y croisent. Des personnages assez peu rassurants au départ composent un Cirque aux mystères sur lequel Marie finira par s’appuyer. Il appartiendra à Marie, cependant, de vaincre elle-même les difficultés et de retrouver son ancien monde.

Frédérick Durand, Le carrousel pourpre, Hurtubise HMH, 2001, 150 p. ; 8,95 $.


Skip Moën écrit avec fougue, générosité et puissance. Son « cycle de l’innommable » puise à pleines mains dans le vaste répertoire des puissances maléfiques, mais tout cela est remanié, remodelé, revigoré, comme si les monstres surgis des mondes alternatifs avaient trouvé grâce à Moën un deuxième souffle. L’écriture, extrêmement efficace, varie ses effets, son rythme, ses évocations, de telle sorte que la peur colle à l’épiderme, que le coeur sent l’épouvante le gagner, que le sang ralentit dans les veines. Même les défis d’ordre psychologique ressemblent à des impasses : tous les choix semblent mauvais, mais il faut quand même choisir. Nous sommes décidément fort loin du charmant conte de fées pour enfants sages.

Skip Moën, La porte des ténèbres, L’Interligne, 2001, 114 p. ; 9,95 $.


Laurent Chabin, comme il a pris l’habitude de le faire, entraîne son public vers l’Ouest. La géographie est précise et nettement décrite, mais c’est bien la seule certitude rassurante que consente Chabin : son Marcus, en effet, se débat contre un déferlement de mystères et d’inquiétudes. A-t-il tué son père ? Doit-il ou pas faire confiance à ce médecin ? Doit-il ou non abandonner la voiture qui lui a permis de fuir ? L’intrigue est complexe, mais elle parvient, d’un rebondissement à l’autre, à un dénouement raisonnablement ficelé.

Laurent Chabin, La valise du mort, Hurtubise HMH, 2001, 158 p. ; 8,95 $.


L’enquête de Nesbitt ne se déroule pas comme Nesbitt l’aurait voulu. On le trompe, on lui ment, on lui sourit pour mieux le leurrer et il ne s’en aperçoit que tard. Trop tard. Il avait raison de se méfier et de soupçonner anguille sous roche, mais ce flair qui faisait son orgueil ne l’a pas toujours guidé vers les coupables. Habilement, Jacinthe Gaulin transforme les erreurs de Nesbitt en tremplins vers de nouvelles hypothèses et l’on parvient enfin à (presque) tout savoir.

Jacinthe Gaulin, L’enquête de Nesbitt, Hurtubise HMH, 2001, 140 p. ; 8,95 $.


Réussites d’ici et d’ailleurs


Depuis l’immense succès de Harry Potter, on n’en finit plus de lui chercher des rivaux d’un poids comparable. Quand on lit Philip Pullman, on sait que cette quête peut cesser : la saga est tout aussi considérable que celle de Potter, les personnages mieux construits, la magie utilisée à meilleur escient et, surtout, les enjeux beaucoup plus intelligents. Le miroir d’ambre, par exemple, renoue avec certaines des préoccupations majeures de l’être humain. Peut-on descendre au royaume des morts pour obtenir le pardon d’un père et en revenir vivant ? Comment juger les églises qui manipulent les consciences et qui éliminent les adversaires comme si la fin justifiait les moyens? C’est du grand art que de brasser des thèmes aussi fondamentaux sans jamais ralentir l’action ou sombrer dans l’abstraction. Un effort est requis pour se familiariser avec les particularités du « poignard subtil » ou du « daemon », mais la récompense vaut le coup.

Philip Pullman, À la croisée des mondes, t. III, Le miroir d’ambre, trad. de l’anglais par Jean Esch, Gallimard, 2001, 480 p. ; 27,95 $.


Terminons sur un double coup de chapeau en direction d’Ann Lamontagne. Le Petit Parrain1 fait pénétrer dans le monde de l’intimidation juvénile. Comment y faire face ? Comment identifier le manipulateur qui impose sa loi sans sortir de l’ombre ? Ces questions, nos écoles savent qu’elles n’ont rien d’abstrait. Il faudra attendre la suite de ce roman pour savoir si les Chevaliers blancs auront gain de cause contre le Petit Parrain, mais déjà on peut parler d’un roman aussi réussi qu’utile. Les mémoires interdites2 appartient à une autre tonalité. L’auteure s’attache cette fois au jeune Grégoire dont le talent d’écrivain s’affirme précocement. On l’admire au point de voir en lui le prochain vainqueur du Concours littéraire des jeunes auteurs. Mais voilà qu’un regard plus averti que les autres retrouve dans les compositions de Grégoire les textes d’auteurs déjà célèbres. Plagiat ? Comment serait-ce possible puisque Grégoire compose sous surveillance constante ? L’énigme est de taille à intéresser jeunes et moins jeunes et à faire intervenir certains scientifiques particulièrement bêtes.

1. Ann Lamontagne, La piste des Youfs, t. 1, Le Petit Parrain, Vents d’Ouest, 2001, 164 p. ; 8,95 $.
2. Ann Lamontagne, Les mémoires interdites, Vents d’Ouest, 2001, 206 p. ; 8,95 $.


Bonnes lectures !


 

Publié le 16 juin 2003 à 14 h 04 | Mis à jour le 1 mai 2015 à 16 h 24