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Lttérature jeunesse : Un arrivage différent

Pour des motifs qui m’échappent, la plus récente cuvée de livres destinés aux jeunes ressemble peu aux autres. Pas inférieure ni supérieure, mais différente. La courte échelle, dont beaucoup de titres visent d’habitude l’adolescence, adresse cette fois un clin d’œil à la petite enfance. Le Livre de poche et d’autres éditeurs français lancent divers titres sur le marché québécois. Et les albums, presque absents lors du dernier bilan, reviennent en force, grâce surtout à la maison Les 400 coups. Arrivage différent et fort valable.


Puisqu’albums il y a


De la série Puce, qui comprend aumoins quatre titres, je retiens le minuscule album où le minuscule bébé présente son minusculemonde familier : Ma famille. Exception faite de la mère qui a droit à la dernière caresse, les personnes s’éclipsent au profit d’objets familiers aux multiples possibilités de divertissements : un vieux soulier, un chapeau… L’idée de rapetisser celle qui est déjà petite fait finement entrevoir ce qu’une « puce » peut ressentir au pays des géants. Texte et dessin sont en belle harmonie.

Élise Turcotte et Daniel Sylvestre, Puce, Ma famille, La courte échelle, Montréal, 2001, 16 p. ; 6,95 $.


Hop au lit !, que je cueille dans la série Les petites vies d’Apolline, verse dans une pédagogie analogue. Quand vient le temps du dodo de la poupée, Apolline imite à merveille les précautions parentales : elle refuse de donner un bonbon, elle vérifie la visite à la toilette, elle consent à une dernière histoire, mais elle demeure inflexible sur le but de l’exercice, le dodo. Décidément, on comprend mieux ce qu’on enseigne.

Didier Dufresne et Armelle Modéré, Les petites vies d’Apolline, Hop, au lit !, Mango jeunesse, Paris, 2001, 20 p. ; 7,95 $.


Avec Babette Cole, l’apprentissage s’effectue par l’absurde. Les bonnes manières présentent de beaux principes constamment contredits par un naturel qui revient au galop. Le leçon n’est pas perdue, au contraire, car le délirant désordre que cause l’absence de bonnes manières montre avec un sourire à quel point elles sont nécessaires. Autre pédagogie, même objectif.

Babette Cole, Les bonnes manières, Seuil, Paris, 2001, 32 p. ; 19,95 $.


Le petit chef-d’œuvre qu’ont concocté de conserve Carole Tremblay et Josée Masse, Recette de garçon à la sauce pompier, alimentera quant à lui tous les types de taquinerie. Peut-être aussi permettra-t-il de subtils désamorçages de l’éternel sexisme. Les filles, sœurs ou marraines, en profiteront pour souligner les infériorités masculines ; les garçons, jeunes ou vieux, mais tous visés, choisiront ce qui justifie (?) leur indéracinable vanité ; les parents saisiront l’occasion de caresser, d’embrasser, de faire rigoler. Dessins et recettes convergent vers un plaisir communicatif.

Carole Tremblay et Josée Masse, Recette de garçon à la sauce pompier, Les 400 coups, Montréal, 2001, 24 p. ; 7,95 $.


Les bisous explorent avec goût et aisance le merveilleux univers de l’affection offerte et reçue. Tous les baisers se ressemblent ? N’importe quel enfant sait que cela est faux, même s’il est probablement vrai, comme le prétend la maman, qu’un baiser par jour est une pomme d’amour. Pourquoi et comment l’enfant, même s’il en apprécie l’abondance et la diversité, confondrait-il les baisers bruyants de l’oncle, ceux du grand-père dont la barbe pique… et les grands coupsde langue du chien affectueux ? Tous font plaisir, certains plus que d’autres, mais l’important demeure que l’affection s’exprime et qu’on en apprécie l’expression. Le dessin est suffisamment débridé pour toujours relancer l’intérêt vers le prochain baiser.

Angèle Delaunois et Fanny, Les bisous, Les 400 coups, Montréal, 2001, 32 p. ; 9,95 $.


À en juger par Le Noël de Tom, le souvenir des vastes rassemblements familiaux du temps des fêtes n’est pas disparu des mémoires. On veille même, au cas où la tradition orale se perdrait, à montrer comment les choses se passaient quand arrivaient par dizaines les oncles et les tantes, les cousins et les cousines, et que la boustifaille tournait à la surabondance. La reconstitution est d’ailleurs réussie, autant dans le propos que dans le dessin : chacun retrouve, pour une des rares fois de l’année, le cousin préféré qui habite malheureusement trop loin, les inimitiés des temps passés refont surface instantanément, les mères interviennent pour que les chansons se substituent aux taquineries et le coucher s’effectue à temps pour que la cheminée refroidisse et que le Père Noël procède discrètement à sa distribution. À croire que les traditions se ressemblent d’un pays à l’autre au moins une fois l’an.

Colette Hellings et Marie-Aline Bawin, Le Noël de Tom, Mango jeunesse, Paris, 2001, 24 p. ; 13,95 $.


Philippe Béha saisit, avec La Reine rouge, l’occasion d’une étincelante fantaisie. La Reine ne tolère que le rouge et rien ne l’oblige à justifier son choix. Les autres couleurs subissent ses foudres et, s’il n’en tient qu’à elle, elles disparaîtront. Pendant l’affrontement, rien n’obéit aux règles usuelles : les phrases du texte ondulent comme des banderoles emportées par le vent, l’appétit de la Reine s’emporte contre les édifices et bouffe à grands coups de mâchoires les opposants et les défenseurs. Le dessin, rouge et rugissant, débridé à souhait, est puissant et (apparemment) incontrôlé. Le ciel, seul, ne se laisse pas intimider : devenu gris, il fera sentir sa propre colère et contestera le rouge. Un très beau combat qui laisse beaucoup d’espace aux éléments.

Philippe Béha, La Reine rouge, Les 400 coups, Montréal, 2001, 32 p. ; 12,95 $.


Quel enfant n’a pas suivi la course d’un nuage dans le ciel et rêvé de jouer avec lui ? Cédric maintient la tradition et il a la chance, quand il déclare Je veux un nuage !, d’en trouver un qui aime jouer. Si Cédric veut de la pluie, il n’a qu’à peinturer son nuage en gris. Le nuage pleuvra et offrira même un orage. Qu’importe à Cédric si la chambre accueille la mer et si un vilain requin s’attaque à l’ours en peluche. Cédric se tirera d’affaires, mais, loin d’avoir pris une bonne résolution, ce sera pour demander à son nuage de lui offrir une autre saison. Dessin simple et efficace, qui donne le goût à l’enfant de dessiner ses propres fantaisies.

Isabel M. Arqués et Angela Pelaez, trad. par Michelle Nikly, Je veux un nuage !, Nord-Sud, 2001, 28 p. ; 22,95 $.


Avec La légende de Jos Montferrand, on entre dans un monde aux contours un peu flous. Le personnage a existé, au point qu’un édifice porte maintenant son nom et abrite de très sérieux fonctionnaires, ce qui n’est pas accordé à toutes les légendes. L’album dissipe d’ailleurs tout doute quant au renom de l’homme fort. On ne sait trop cependant, et c’est dommage, où s’arrête la réalité et quand la légende ajoute ses embellissements. Il y a risque, me semble-t-il, que les jeunes lecteurs demandent aux aînés ce que la légende contient de vérité et que, faute de repères fiables, les réponses hésitent. Un titre comme Le légendaire Jos Montferrand aurait contourné la difficulté.

Danielle Marcotte et Ninon, Le Légende de Jos Montferrand, Les 400 coups, Montréal, 2001, 44 p.; 14,95 $.


Avec Un héros pour Hildegarde, une fascinante collaboration se poursuit entre une excellente conteuse et un musée qui met intelligemment la culture à la portée de la jeune génération. Après Alfred Pellan et Jean Dallaire, c’est Jean Paul Lemieux qui est mis en valeur par Chrystine Brouillet. Le récit est plus prenant encore que les précédents, car il parvient mieux à établir sa propre cohérence, tout en intégrant avec finesse plusieurs des plus belles réussites du peintre. La meilleure des pédagogies donne ici de merveilleux résultats.

Chrystine Brouillet, Un héros pour Hildegarde, d’après l’œuvre de Jean Paul Lemieux, Musée du Québec, Québec, 2001, 44 p. ; 19,95 $.


La fantaisie fidèle au poste


Auteur récemment apparu dans la littérature jeunesse, Bernard Boucher retient déjà l’attention. Yann et le monstre marin raconte avec souffle et goût une histoire où les jeunes imprudences occupent une place importante, mais dans laquelle des adultes nettement campés sont aussi respectables que dans le quotidien. Personne ne blâmera Yann de tenter l’impossible et tous comprendront l’inquiétude que sa navigation suscite. Le traitement est original, accessible autant que soigné, l’écriture mieux que correcte.

Bernard Boucher et Alain Reno, Les triplets de Gradlon, Yann et le monstre marin, Boréal, Montréal, 2001, 128 p. ; 8,95 $.


Mon cheval de papier raconte une touchante solitude : une allergie interdit l’approche des amis à quatre pattes. Il faudra créer un ami qui ne fasse pas éternuer. L’animal de papier sera différent, mais, en bon compagnon de route et de vie, il accueillera les confidences et ne révélera aucun secret. En raison de la subtile poésie qui imprègne le récit, peut-être la première lecture devrait-elle s’effectuer avec l’aide d’un adulte. Plus tard, le jeune lecteur découvrira tout seul le raffinement du texte.

Brigitte Beaudoin et Pierre Gauthier, Mon cheval de papier, Le Loup de Gouttière, Québec, 2001, 50 p. ; 7,95 $.


Aux confins du conte enchanté et de la dure réalité, des enfants vont à la rencontre d’autres enfants. L’enfant qui tissait des tapis jette, en effet, une passerelle entre les enfants esclaves exploités jusqu’à la mort et ceux d’ici qui ignorent ce drame, mais qui s’ouvrent le cœur pour se préparer à le vaincre. Le récit évite le ton moralisateur et la dramatisation à outrance ; sa poésie suffit à bouleverser. De fort belles illustrations de l’auteure rendront les souvenirs indélébiles.

Sylvie Nicolas, L’enfant qui tissait des tapis, Le Loup de Gouttière, Québec, 2001, 62 p. ; 7,95 $.


Dans Samhain, La nuit sacrée, la lecture détectera peut-être l’influence de Rowlings et de Tolkien. Brièvement et subtilement. Le métier très sûr d’Ann Lamontagne a tôt fait de reprendre ses droits et de construire, une fois de plus, une histoire originale et culturellement riche. L’ordinateur, apparenté spontanément au monde des réalités non négociables, sert de tremplin vers un univers de fantaisie où le Petit Peuple reste fidèle à ses traditions. Ainsi coexistent bellement un ordinateur qui n’aime pas qu’on l’abreuve de chocolat et un monde féérique régi par un étrange code de politesse. Belle et imprévisible rencontre.

Ann Lamontagne, Samhain, La nuit sacrée, Alexandre Stanké, Montréal, 2001, 150 p. ; 14,95 $.


John Bellairs, en proposant La pendule d’Halloween, semble marcher sur les brisées du monde magique de Harry Potter. L’Association des magiciens, par exemple, rappelle de près les écoles de sorcellerie. Mais comment accuser John Bellairs de plagiat, puisque la version originale de son livre date de… 1973 ! Mérite-t-il plutôt, en raison de ses mérites propres, d’être traité en précurseur ? Peut-être pas. John Bellairs raconte bien, mais il ne s’aventure pas dans le monde hallucinant et trouble des puissances maléfiques. En ce sens, il provoque moins de frissons (et de plaisir). Quand même bien ficelé.

John Bellairs, Kévin et les magiciens, La pendule d’Halloween, trad. de l’américain par Nikou Tridon, Du Rocher, Monaco, 2001,233 p. ; 14,95 $.


Dans Julia et le premier cauchemar, la fillette s’endort et rêve. Un cauchemar l’emporte dans ses terreurs et elle risque, si elle n’obtient pas de secours, de finir son existence en « tapis pour danses de sorcières ». Peu réjouissant ! Y a-t-il moyen d’interdire à jamais l’intrusion des cauchemars ? Ce n’est pas si simple. Le récit, qui dépend peut-être trop des aventures précédentes, explore de façon fine et rassurante un univers que certains enfants redoutent. Les illustrations sont sympathiquement échevelées.

Christiane Duchesne et Marie-Louise Gay, Les nuits et les jours de Julia, Julia et le premier cauchemar, Boréal, Montréal, 2001, 51 p. ; 8,95 $.


Le Noël du roi Léon, 8e tome de la série, ne propose pas sa meilleure mésaventure, mais le personnage est toujours suffisamment gaffeur et ses projets assez farfelus pour que sa venue soit toujours un plaisir. Jean-Pierre Davidts demeure fidèle à l’habitude qui marque la série : le jeune lecteur saura, en refermant le livre, ce qui est vérifiable et ce qui appartient à l’imagination.

Jean-Pierre Davidts et Claude Cloutier, Les mésaventures du roi Léon, 8. Le Noël du roi Léon, Boréal, Montréal, 2001, 53 p. ; 8,95 $.


Temps et espace, réel et rêve


Les jeunes ne se limitent pas à l’exploration du trécarré familier. Odile Weulersse, Le chevalier au bouclier vert, déborde généreusement ce cadre pour reconstituer l’époque et les lieux de l’amour courtois, des tournois meurtriers, d’une chevalerie capable du pire comme du magnifique. L’action ne manque pas, mais les personnages sont si irrévocablement typés que l’affrontement semble un duel entre le bien et le mal. Duel dont l’issue tardera peut-être, mais ne surprendra pas. L’écriture est fluide à souhait, mais le jeune lecteur québécois peinera peut-être à s’insérer dans un vocabulaire parfois spécialisé.

Odile Weulersse et Yves Beaujard, Le chevalier au bouclier vert, Hachette/Le livre de poche, Paris, 2001, 283 p. ; 9,95 $.


Autre bouquind’origine française, Le tigre est libre ce soir s’en tient à notre époque, mais il la déborde grâce à l’étrange aptitude de l’héroïne à envahir la vie et les pensées de ses interlocuteurs. Quand ce regard décide de fouailler, rien ne lui résiste, pas même sa propriétaire, la très dynamique Lou. On notera les niveaux de langage et les différentes lisibilités. Le début donne lieu à un déferlement de verlan et d’argot ; on y survit à peine. Puis, les choses se calment et l’auteure et ses lecteurs d’ici communiquent dans la même langue.

Isbelle Dominguez, Lou Hendrix, Tome 1, Le tigre est libre ce soir, Michel Lafon, Île de la Jatte, 2001, 238 p. ; 19,95 $.


Avec une magnifique désinvolture, Claude D’Astous, La vallée aux licornes, présume qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer qui sont les licornes. Bien maladroit serait d’ailleurs celui qui freinerait un magnifique dépaysement pour exiger la fiche signalétique de ces animaux fabuleux. Claude D’Astous dose à merveille les incursions dans les relations classiques (?) entre fées et licornes et les retours brutaux dans ce monde où les parents, toujours tatillons, ne veulent pas d’uncheval dans leur salon. À lire Claude D’Astous, maints parents reprendront espoir : peut-être leur adolescente volcanique est-elle une fée qui s’ignore.

Claude D’Astous, Jocelyne Thiffault et Diane Lacasse, La vallée aux licornes, Pierre Tisseyre, Montréal, 2001, 160 p. ; 8,95 $.


La faille de Vadran évoque une terre que l’auteure situe dans un lointain avenir. L’histoire est raisonnablement agencée, mais aboutit au prévisible. L’orthographe et la ponctuation plus encore sont si malmenées que l’intérêt y perd.

Stéphanie Paquin, La faille de Vadran, GGC, Sherbrooke, 2001, 172 p. ; 12,95 $.


Courte escale réaliste


Deux petits livres ramènent sur terre d’utile et d’agréable manière. L’animal secret recourt au bon vieux truc du jugement téméraire : l’enfant, sur la foi d’une conversation interceptée, conclut que sa mère part en guerre contre un monstre. L’inquiétude se dissipera quand on connaîtra l’identité de la bête. Fort bien fait et solidement documenté.

Danielle Simard et Bruno St-Aubin, L’animal secret, Michel Quintin, Montréal, 2001, 43 p. ; 7,95 $.


À toutes fins utiles, c’est un véritable cours sur le soin des oiseaux de compagnie que propose Mieux connaître, Mieux aimer mon oiseau de Liz Palika. Tout se loge dans une plaquette d’une soixantaine de pages où les illustrations apportent un éclairage abondant et utile. De quoi changer la vie de l’oiseau de compagnie… et celle de sa compagnie.

Liz Palika, Mieux connaître, Mieux aimer mon oiseau, Michel Quintin, Montréal, 2001, 64 p. ; 9,95 $.


À la croisée des générations


La littérature offerte aux jeunes taille une place généreuse au paternalisme de la jeune génération. Après tout, les adultes sont si peu débrouillards.

Quand Guillaume lance tout azimut son SOS, Un amoureux pour ma mère, tous les espoirs et toutes les craintes sont de mise. Certes, Guillaume pardonne à sa mère d’appartenir à l’époque d’avant la bonne musique, mais il n’est pas dit que les préférences de la mère et du fils coïncideront toujours. Le récit coule de source, les personnages sont plausibles et attachants, l’écriture adaptée.

François Beaulieu, SOS, Un amoureux pour ma mère, Vents d’Ouest, Hull, 2001, 161 p. ; 9,95 $.


C’est pur hasard si Charlotte échange son sac contre celui dans lequel le premier ministre transporte le texte confidentiel de la future politique d’éducation. Indiscrétion bien involontaire, par conséquent, mais qui lance Dominique Demers dans une autre de ses performances polyvalentes. Si, en effet, le récit de Une drôle de ministre demeure léger, fantaisiste, presque aérien, la réflexion pédagogique le traverse avec force. Dominique Demers confirme ainsi, sans s’appesantir sur la leçon, les théories de sa demoiselle Charlotte : le rêve aussi est éducatif.

Dominique Demers, Une drôle de ministre, Québec Amérique, Montréal, 2001, 128 p. ; 8,95 $.


Qu’on se le dise, Momo de Sinro est de retour avec Première blonde pour Momo de Sinro. Pour la troisième fois, François Barcelo l’invite à réussir une première. La conquête de Jessica mérite tous les sacrifices et Momo le reconnaît sans ambages, mais, quand même, n’est-ce pas payer un prix exorbitant que de participer à une épreuve cycliste avec un vélo defille ? François Barcelo, égal à lui-même, parvient comme par magie à faire sourire les adultes sans jamais ridiculiser ses jeunes lecteurs. Art difficile que celui de l’humour sans victime.

François Barcelo, Première blonde pour Momo de Sinro, Québec Amérique, Montréal, 2001, 140 p. ; 8,95 $.


Le mystère dumanoir de Glandicourt constitue une lecture aux multiples versants agréables. Le premier, c’est que Hervé Gagnon progresse à grands pas d’un bouquin à l’autre. Il n’y a pas de commune mesure entre son premier et celui-ci. L’autre plaisir, que l’auteur met lui-même en exergue, c’est l’adjonction d’un jeune copilote dans le compte rendu de l’enquête en cours comme dans l’enquête elle-même. L’enquêteur est rescapé jusqu’à la fin par un fils plus déluré que lui ; le romancier, quant à lui, est fier de proclamer sa dette à l’égard de la jeune génération. Le livre, de bon niveau, n’en devient que plus sympathique : la réussite est honnêtement partagée.

Hervé Gagnon et Thomas Kirkman-Gagnon, Le mystère du manoir de Glandicourt, GGC, Sherbrooke, 2001, 268 p. ; 12,95 $.


Des vies parfois ardues


Le Christophe d’Hélène Gagnier, La longue attente de Christophe, entre dans la vie par une toute petite porte : parents disparus, famille d’accueil plutôt mesquine, petits emplois précaires et plus originaux que prudents… Seul espoir : l’improbable retour du père. Les personnages sont, dans l’ensemble, plausibles, même si certains virages font un peu grincer la psychologie. L’atmosphère est lourde, presque trop, mais elle rend presque tangible le chagrin de Christophe. De quoi prouver à bien des jeunes lecteurs qu’il y a pire que leur sort.

Hélène Gagnier, La longue attente de Christophe, Pierre Tisseyre, Montréal, 2001, 126 p. ; 8,95 $.


Gudule, que le public européen semble apprécier grandement, s’attaque, avec La vie à reculons, à un drame dont l’intensité ne diminue pas en touchant une société plutôt que l’autre. En ce sens, le récit destiné à la francophonie européenne rejoint les adolescents de partout. Là-bas ou ici, l’adolescent séropositif risque une effarante solitude, se heurte aux préjugés de l’école et de l’entourage, s’autorise tous les dérapages comme de légitimes compensations. La lecture sera entravée par le langage des plus jeunes personnages : il n’est pas plus exportable que peut l’être un certain joual…

Gudule, La vie à reculons, Hachette/Livre de poche, Paris, 2001, 189 p. ; 9,50 $.


Il y a pourtant moyen d’exprimer des sentiments semblables dans une langue universellement compréhensible et Véronique Massenot, Lettres à une disparue le démontre d’émouvante façon. Dans une Argentine sous la coupe de l’arbitraire militaire, les disparitions blessent plus cruellement encore que les meurtres. La mère dont l’enfant a été enlevée ne sait plus si elle espère en vain. Elle écrit d’admirables lettres à celle qui, peut-être, n’existe plus, mais ne peut les poster. Si l’incertitude se résorbe un jour, il sera toujours temps de le faire. Beau petit livre au ton juste.

Véronique Massenot, Lettres à une disparue, Hachette/Livre de poche, Paris, 2001, 90 p. ; 7,95 $.


 

Publié le 16 juin 2003 à 13 h 55 | Mis à jour le 6 mai 2015 à 15 h 27