Claire Varin

ANIMALIS

Leméac, Montréal, 2018
115 pages
14,95 $

La romancière et essayiste trempe sa plume dans les larmes de compassion que provoque chez elle le sort fait aux animaux. D’emblée le titre situe le propos : Animalis, d’« animalisme » : « Mouvement de défense des droits des animaux en tant qu’êtres sensibles » (Le Petit Robert 2016).

Quoique disposée à reconnaître la sensiblerie dont la met en garde son compagnon de vie, l’écrivaine emmagasine informations et vidéos diffusées sur YouTube, quelques belles histoires de chiens « héros » ou d’éléphants faisant preuve d’empathie, mais entreprend surtout la recension d’horreurs, de toutes les souffrances que l’on fait subir aux animaux aux quatre coins de la planète. Dès le premier chapitre elle annonce son credo : laisser les animaux vivre leur vie. Ainsi se félicite-t-elle d’avoir sauvé la vie d’un rat en éloignant son chat aux aguets et en trouvant un stratagème pour le faire sortir indemne de la maison. Qu’elle se targue ensuite d’avoir cédé la chambre d’ami à l’iguane reçu en cadeau, qu’elle juge trop à l’étroit dans son terrarium, risque de rendre méfiant le lecteur pour la suite de l’essai.

Mais le lecteur admettra avec elle qu’il est des carnages d’animaux qui répugnent et incitent à la révolte, tant ceux commis lors de courses ou de spectacles de mise à mort que ceux perpétrés contre les bêtes sauvages dans leur habitat naturel. Cet habitat naturel que les hommes détruisent à leur profit, mettant des espèces en péril. Quant aux animaux d’élevage, Claire Varin s’en prend à l’industrie qui, pour faire toujours plus de gains, les traite pendant leur cycle de vie programmé en êtres insensibles. Elle aligne des statistiques et fait état de pratiques cruelles qui non seulement font fi de la nature animale – à laquelle nous participons aussi – mais vont parfois jusqu’à la maltraitance. De là à refuser de consommer tout produit de nature animale, y compris chaussures, sacs et valises de cuir, il n’y a qu’un pas que l’essayiste franchit sans peine. Car son engagement ne saurait se limiter à cumuler des informations et à signer pétition sur pétition.

Le lecteur aura plaisir à la suivre dans les parcs nationaux à l’affût des bêtes sauvages en liberté dans un habitat protégé. L’auteure énonce les règles du savoir-être en zone animalière visant à ce qu’on ne dérange pas ses habitants et qu’on respecte leur mode de vie sauvage.

Animalis trouvera nombre d’adeptes, comme son auteure a su trouver pour la fin de chaque chapitre une citation de grand écrivain qui va dans le sens de son plaidoyer. D’autres, moins radicaux, verront dans le fait de prêter des émotions et des sentiments aux animaux une forme d’anthropomorphisme. Ils plaideront plutôt pour réduire le plus possible la souffrance animale, pour sauver les espèces en péril, préserver leur habitat, améliorer les pratiques d’élevage et d’abattage.

Soulignons toutefois la qualité d’écriture sensible et fine de cet essai, la langue précise et riche d’une écrivaine accomplie.

Publié le 8 avril 2019 à 1 h 01 | Mis à jour le 25 juin 2019 à 13 h 36